Type de contenu: Opinion
Alors que Goldman Sachs évalue à 7 600 milliards de dollars les infrastructures nécessaires au développement mondial de l’intelligence artificielle d’ici 2031, l’Université de Moncton et l’Université Sainte-Anne font le pari de la puissance de calcul la photonique sur silicium comme nouvelle classe d’actif.
Leur approche tranche avec celle des grands centres industriels : pas de fonderies, pas de lignes de production, mais une mise résolue sur la recherche amont et la formation de la prochaine génération de talents.
Moncton, laboratoire de pointe
Au Nouveau-Brunswick, l’Université de Moncton s’est imposée comme le moteur scientifique de la photonique en Atlantique. En l’absence de grappes d’entreprises comparables à celles d’Ottawa ou de Montréal, l’institution compense par une excellence académique ciblée.
Son Groupe de recherche sur les couches minces et la photonique (GCMP) développe des miroirs nanostructurés intégrés à des lasers miniatures — des composants essentiels pour améliorer la cohérence optique des systèmes de communication de données. En parallèle, ses chercheurs explorent des commutateurs optiques avancés à base de silicium, une orientation qui s’inscrit directement dans la transition vers les architectures de co-intégration optique adoptées par l’industrie, connues sous le sigle CPO (Co-Packaged Optics).
Au campus de Shippagan, le Laboratoire de physique computationnelle et photonique élargit cette portée régionale en formant une relève spécialisée en modélisation optique et en physique théorique. L’ensemble s’appuie sur des initiatives de mutualisation, notamment le futur Centre d’entreprise des sciences de l’Atlantique (CESA).
Pointe-de-l’Église, pépinière de talents
À quelque 400 kilomètres de là, l’Université Sainte-Anne adopte un positionnement complémentaire. L’institution de Pointe-de-l’Église, en Nouvelle-Écosse, ne dispose ni de fonderie de silicium ni de laboratoire de microfabrication lourde. Son rôle est autre : préparer les étudiants francophones — d’ascendance acadienne, métisse et autochtone — à intégrer les grands centres de recherche de l’Est canadien.
À travers des formations avancées comme le module Ondes, optique et physique moderne (PHYS 2923), elle assure un enseignement rigoureux de la physique moderne et de l’optique. Ses diplômés rejoignent ensuite le Centre d’optique, photonique et laser (COPL) au Québec ou le Conseil national de recherches Canada (CNRC) à Ottawa.
La Maple League : une voisine sans ancrage en photonique
Les quatre universités de la Maple League — Bishop’s, Mount Allison, Acadia et St. Francis Xavier — incarnent un modèle différent : celui de l’institution libérale anglophone, généraliste et de petite taille. Si Acadia et StFX disposent de départements de physique actifs, aucune n’a développé de groupe de recherche spécialisé en photonique comparable au GCMP de Moncton, ni de filière orientée vers l’optique intégrée ou les architectures CPO. Ce contraste est avant tout un révélateur de choix institutionnels : là où la Maple League mise sur la polyvalence, Moncton et Sainte-Anne ont parié sur la concentration thématique comme levier de visibilité scientifique. Dans une région qui manque de capital de risque spécialisé, cette spécialisation délibérée constitue leur avantage comparatif le plus durable.
Le financement, talon d’Achille de la région
Un obstacle de taille demeure. Contrairement à l’axe Toronto-Ottawa-Montréal, soutenu par des facilitateurs comme CMC Microsystèmes, les provinces atlantiques manquent de capital de risque spécialisé en technologies de pointe. Aucune entreprise de photonique pure n’a encore émergé sur leur territoire.
La connectivité croissante des réseaux académiques offre néanmoins une voie de contournement : les chercheurs du Nouveau-Brunswick et de la Nouvelle-Écosse s’intègrent progressivement à la chaîne d’approvisionnement souveraine du Canada, en fournissant propriété intellectuelle et main-d’œuvre qualifiée aux fonderies critiques et aux grands centres de données dédiés à l’intelligence artificielle, entre autres dans le cadre de l’entente du 12 août 2026 entre le Québec, Terre-Neuve et Labrador et les communautés autochtones.
Ä cet égard, l’entente entre le Québec, Terre-Neuve-et-Labrador et les communautés autochtones vise à sécuriser plus de 7 000 mégawatts d’énergie électrique, un approvisionnement crucial pour répondre aux besoins de l’est du Canada, notamment en ce qui concerne la puissance de calcul photonique en tant que nouvelle classe d’actifs.
Un pari sur le long terme, dans un secteur où la patience vaut autant que les photons.
Références bibliographiques
Canada, 2025. Centre d’entreprise des sciences de l’Atlantique. Services publics et Approvisionnement Canada [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://www.canada.ca/fr/services-publics-approvisionnement/services/infrastructure-immeubles/construction/centre-entreprise-sciences-atlantique.html [Consulté le 12 août 2026].
Couture, G., (à paraître). La puissance de calcul photonique comme nouvelle classe d’actif.
Photons Canada, 2021. Universités de photonique au Canada 2020. Photons Canada [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://www.photonscanada.ca/universites-de-photonique-au-canada-2020/ [Consulté le 12 août 2026].
Université de Moncton, 2026. Projets de thèse disponibles : Groupe de recherche sur les couches minces et la photonique (GCMP). Faculté des sciences [en ligne]. Disponible à l’adresse : http://www.umoncton.ca/prof/node/1576 [Consulté le 12 août 2026].
Université Sainte-Anne, 2026. PHYS 2923 : Ondes, optique et physique moderne. Répertoire des cours [en ligne]. Disponible à l’adresse : https://www.usainteanne.ca/phys-2923 [Consulté le 12 août 2026].
Gilles Couture
Adm. A
