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Rachel Martinez, traductrice littéraire chevronnée, se livre et se confie sur les lectures qui l’animent. Des ouvrages de toutes sortes et aux sujets des plus diversifiés qui en disent long sur sa passion du métier.
MPP: Quel est le livre de votre enfance?
RM: Quand j’étais petite, il y avait beaucoup moins de livres. C’était surtout européen.
Évidemment, il y avait Tintin, plutôt qu’Astérix, la série des Martine et la série, plus tard, des Sylvie.
Les Sylvie, c’est les premiers livres sans images que j’ai lus.
Et j’ai racheté tous les Martine quand j’étais plus vieille. C’était surtout pour les images qui étaient restées gravées dans ma mémoire.
Tu restes accrochée aux anciennes illustrations.
MPP: À l’adolescence, vers quoi vous êtes-vous tournée?
RM: J’ai eu une période où j’ai tout lu Maupassant, puis oh mon Dieu, j’aimais ça! Et par la suite, j’ai lu Zola, le Marquis de Sade, parce que c’était interdit, je voulais savoir pourquoi.
Et aussi Gabrielle Roy, beaucoup, beaucoup! Je l’ai adorée! Et je l’aime encore beaucoup.
Émile Nelligan, un classique. C’était même mon premier achat important.
C’était mon poète préféré vraiment. J’allais marcher au carré Saint-Louis à Montréal parce qu’il avait vécu là. Je suis allée voir sa maison. Il a été interné à un hôpital psychiatrique pas loin d’où j’habitais. Je suis allée à côté. C’était probablement parce qu’il a arrêté d’écrire jeune qu’il m’a tant marquée.
Et il était tellement beau! J’avais son affiche dans ma chambre. C’était comme un amour d’adolescent.
MPP: Aujourd’hui, quel livre offririez-vous à un adolescent?
RM: Ça dépend du jeune.
Ça va vraiment avec la personnalité du jeune, sa capacité de lecture, est-ce qu’il aime lire ou pas.
J’ai une filleule qui aime beaucoup les romans d’espionnage et de policier, alors je lui fais lire des romans de la courte échelle, une série spéciale, la série Noire.
J’ai oublié de dire: adolescente, j’ai lu Agatha Christie évidemment!
MPP: Et qu’est-ce qu’on peut retrouver sur votre table de chevet?
RM: Les méchants meurent toujours à la fin de Hugo Meunier.
Ça parle de pandémie et de politique.
Mon fils m’a encouragé à lire Babel.
Ça parle un peu de l’art des discussions.
Ma dernière lecture, coup de cœur, C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien.
C’est extraordinaire! J’aurais pu souligner cinq phrases par page tellement j’ai trouvé ça fort.
Dans le métro, l’autobus, je ne traîne pas [Victor] Hugo, je traîne ça, c’est un bestseller, Le Barman du Ritz.
C’est pas mal et j’aime ça ces romans-là qui se passent à l’époque de la Deuxième Guerre.
Je suis aussi en train d’essayer de finir Appia, un livre sur un homme qui a parcouru la Via Appia Antica, telle qu’elle était à l’origine. Donc, par endroits, elle est à peu près inexistante, elle a été complètement détruite, par endroits, on la retrouve. C’est intéressant parce que je me dis peut-être qu’un jour je le ferai.
Et Le mystère Caravage, parce que j’aime beaucoup Caravage.
MPP: Est-ce qu’il y a un univers de fiction dans lequel vous aimeriez vivre ?
RM: Paris entre deux guerres sur la Rive gauche avec les artistes.
J’ai beaucoup aimé Hemingway, surtout que mon père est de Pampelune. Alors, c’est grâce à Hemingway que les fêtes de Saint-Firmin ont été découvertes dans le monde et puis il a écrit des romans là-dessus, alors, ça, c’est une période qui m’intéresse.
MPP: Quel livre, selon vous, faudrait-il avoir lu au moins une fois dans sa vie?
RM: Probablement la Bible. Puis je dirais aussi l’Iliade et l’Odyssée, parce que tout ce qu’on sait, tout ce qu’on écrit maintenant s’inspire de là, part de là.
En tout cas, je parle pour les Occidentaux.
Tout part de ce que ces gens-là ont écrit ou ce qu’on a raconté à cette époque-là alors ça serait important d’avoir lu ça.
MPP: Est-ce qu’il y a un livre que vous aimeriez avoir écrit?
RM: C’était ça ou mourir. C’est mon coup de cœur le plus récent.
Une belle lecture. J’aurais aimé l’écrire, mais c’est impossible.
C’est une histoire qui est tout à fait étrangère à moi, l’histoire d’un réfugié haïtien qui arrive au Québec. C’est quelque chose que je ne connais pas, que je n’ai pas vécu, mais mon Dieu, que j’aime le style, la façon de poser les phrases, de dire beaucoup en peu de mots.
MPP: Et si vous deviez emporter un livre sur une ile déserte, lequel prendriez-vous?
RM: À la recherche du temps perdu, parce que j’ai commencé, je ne l’ai jamais fini.
Sinon, Paul Auster 4 3 2 1.
Quand j’ai voulu le commencer, je savais que je n’avais pas le temps de le finir, alors je ne l’ai pas commencé.
Ce serait l’occasion idéale sur une ile déserte.
MPP: Enfin, si vous pouviez partager un diner avec un ou plusieurs auteurs, qui inviteriez-vous?
RM: Paul Auster.
Mavis Gallant.
Robert Lepage.
Elena Ferrante, j’aimerais ça! Le personnage mystérieux.
Puis, comme Québécois facile à trouver, Sébastien Dulude est ultra sympathique.
Hugo Meunier.
Je voudrais parler à Alice Monroe puis lui poser des vraies questions. Le savait-elle ou pas? Parce que j’ai beaucoup, beaucoup aimé Alice Monroe que j’ai découverte à l’université.
J’aimerais ça savoir, lui parler pour savoir ce qu’elle savait, ce qu’elle ne savait pas et pourquoi elle n’a rien fait.
Et Margaret Atwood, oui. J’aimerais beaucoup parler avec elle.
Les Aventures de Tintin de Hergé
Martine (série créée par Gilbert Delahaye)
Sylvie (série créée par René Philippe)
La Collection Noire de la maison d’édition la courte échelle
Les méchants meurent toujours à la fin de Hugo Meunier
Babel de R. F. Kuang
C’était ça ou mourir de Thélyson Orélien
Le Barman du Ritz de Philippe Collin
Appia de Paolo Rumiz
Le mystère Caravage de Peter Dempf
L’Iliade et l’Odyssée d’Homère
À la recherche du temps perdu de Marcel Proust
4 3 2 1 de Paul Auster
