Type de contenu: Opinion
Depuis le début des années 1990, les Acadiens et les Acadiennes de la région, appuyés par la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse, se sont battus afin d’obtenir une représentation politique conforme aux principes de la représentation effective reconnue par la Cour suprême du Canada dans l’arrêt Carter.
30 années de démarches, de comparutions devant cinq commissions de délimitation des circonscriptions électorales, ainsi que devant la Cour suprême et la Cour d’appel de la Nouvelle-Écosse, témoignent d’une persévérance exceptionnelle.
Le Sénateur Réjean Aucoin.
Ce que je retiens notamment de la décision du juge Muise, qui a donné raison aux demandeurs de Chéticamp, c’est que dès 1992, les commissions auraient pu recommander une circonscription pour Chéticamp avec le même statut particulier accordé à d’autres régions acadiennes.
À l’époque, la province avait accepté la création de circonscriptions protégées à Clare, Argyle, Richmond et Preston afin d’assurer une représentation effective aux communautés acadiennes et noires.
Pourtant, les Acadiens et les Acadiennes du nord du comté d’Inverness, concentrés à plus de 95% dans la région de Chéticamp, sont demeurés sans cette reconnaissance pendant plus de trois décennies.
Selon le Juge Muise de la Cour suprême, la décision de la commission était arbitraire et non fondée, allant à l’encontre de l’article 3 de la Charte canadienne des droits et libertés.
En 2019, à la suite de cette décision, une nouvelle commission recommanda la création d’une circonscription regroupant les communautés de Margaree à Pleasant Bay, incluant Chéticamp. Cette recommandation augmentait le poids électoral des Acadiens et des Acadiennes de 13% à 34%. Bien que cette solution soit demeurée imparfaite, elle représentait néanmoins un certain progrès après tant d’années de revendications.
Le 23 juin 2026, les électeurs de cette nouvelle circonscription vont écrire une page d’histoire en élisant un député acadien bilingue parmi les quatre candidats. Pour la première fois depuis 1925, les Acadiens et les Acadiennes pourront communiquer avec leur représentant provincial en français ou en anglais selon leur choix.
Il est important de rappeler que les demandes formulées par les Acadiens et les Acadiennes de Chéticamp étaient publiques, raisonnables et semblables à celles présentées avec succès par d’autres régions acadiennes.
Ce n’est qu’après plusieurs refus que le dossier a été porté devant les tribunaux, où la communauté a finalement obtenu gain de cause.
Aux Acadiens et Acadiennes de Chéticamp et de la région, je veux dire merci. Votre engagement envers votre langue, votre culture et vos droits constitue un exemple inspirant pour toutes les communautés francophones en situation minoritaire au Canada.
Le 23 juin 2026 restera gravé dans ma mémoire comme le jour où notre région a enfin obtenu une représentation acadienne bilingue à l’Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse, au même titre que les autres régions acadiennes de la province.
Félicitations également aux autres candidats bilingues qui auront contribué à faire de cette campagne un moment marquant de notre histoire collective.
Réjean Aucoin
Résident acadien de Chéticamp