le Mercredi 3 juin 2026
le Jeudi 23 avril 2026 9:00 Rubrique - Les visages de la Vallée

Les visages de la Vallée – James Brown

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Lors d’une journée printanière, mon tête-à-tête avec James Brown.  — PHOTO: France Thériault
Lors d’une journée printanière, mon tête-à-tête avec James Brown.
PHOTO: France Thériault

J’ai fait la connaissance de James Brown au supermarché Independent à Wolfville. Ce premier échange a piqué ma curiosité et, rapidement, de nombreuses questions se bousculaient dans ma tête.

Les visages de la Vallée – James Brown
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Type de contenu: Rubrique

Cet homme érudit, sans prétention et charmant avait de nombreuses facettes que je désirais découvrir.

QUESTION-RÉPONSE

FT: Pourriez-vous vous présenter en quelques mots? 

JB: Je m’appelle James Brown, j’étais professeur à l’université Dalhousie, j’habite maintenant dans la vallée d’Annapolis, je suis marié, j’ai cinq enfants et cinq petits-enfants.

FT: Pouvez-vous me parler de votre enfance et de votre milieu familial?

JB: Je suis l’ainé de la famille. Mon père était médecin et ma mère était maitresse de maison. Je suis né dans le New Jersey, aux États-Unis. Mon père aimait les langues et il parlait français. En 1958, je suis parti pour aller à Paris, c’était complètement inattendu. J’y suis retourné à plusieurs reprises. Avec ma famille, nous avons visité Paris et la Bretagne, où les amis de mes parents avaient une autre résidence. Je suis venu au Canada en 1972. 

FT: Depuis combien de temps vivez-vous dans la Vallée?

JB: J’habite à Grand-Pré depuis 1992.

FT: Pouvez-vous me décrire votre parcours académique?

JB: Je suis allé à l’université de Miami, où j’ai étudié le français, l’espagnol et un peu d’allemand. Après ça, je suis allé au Vermont pour faire ma maitrise, et, par la suite, j’ai travaillé dans une école privée, où j’ai enseigné la langue française. J’ai passé quatre ans à l’université de Pennsylvanie, où j’ai fait mon doctorat en littérature du 19e siècle. J’ai aussi étudié la sémiotique et la sémiologie. L’université Dalhousie m’a contacté et m’a proposé de venir pour une entrevue, et j’ai eu un poste d’assistant-professeur — à l’époque, c’était la guerre du Vietnam et je voulais quitter le pays. 

À une certaine époque, Dalhousie avait un programme d’échange étudiant en France. J’ai vécu deux ans à Aix-en-Provence avec des étudiants et j’ai aussi enseigné là-bas. 

FT: Qu’avez-vous enseigné à l’université? 

JB: J’étais professeur de français; j’ai enseigné la littérature, la culture et la sémiotique — la science des signes (images, mots, textes, discours et objets). J’ai enseigné durant plus de 30 ans. Au début de ma carrière, j’enseignais dans un lycée privé aux États-Unis. Ensuite, je suis allé à l’université de Pennsylvanie, où j’avais fait mon doctorat et, finalement, je suis venu à l’université de Dalhousie.

FT: À vous entendre parler, il me semble que vous êtes originaire de France.

JB: J’ai passé beaucoup de temps en France. La première fois que j’y suis allé, j’étais étudiant dans une école secondaire, dans mon petit village américain. Mes parents avaient des amis français qui avaient une fille de mon âge. Nous avons commencé une correspondance. Un an après, j’étais invité à aller à Paris. C’était ma première visite et ça a bouleversé ma vie. Je suis tombé amoureux de la France. J’aimais déjà la langue, mais j’ai découvert un monde sophistiqué et différent. Nicole m’a introduit à l’opéra, à la Sorbonne. Elle m’a tout montré.

FT: Est-ce que vous vivez en français dans votre quotidien? 

JB: Ma femme est péruvienne et elle parle couramment français. À la maison, on parle français, anglais et espagnol. Il y a une partie de la journée où les trois langues sont en usage. Aussi, je lis des livres en français et en espagnol. 

FT: Est-ce que vos enfants parlent français?

JB: Deux de mes enfants parlent français et espagnol. En fait, elles sont enseignantes. L’une enseigne le français, l’autre enseigne l’espagnol. Nous sommes une famille multilingue avec des langues et des compétences différentes.

FT: Quand vous pensez à la musique française, quels artistes aimez-vous?

JB: J’aimais beaucoup Edith Piaf, Yves Montand, Johnny Hallyday.

FT: Quelle expression française aimez-vous? 

JB: Tant bien que mal. 

FT: J’ai entendu parler d’une petite entreprise que vous auriez créée. Pouvez-vous m’en dire davantage?

JB: En 2000, un collègue de Dalhousie et moi-même avons lancé Aventures en Provence, une entreprise de cyclisme et de trekking. Durant 5 ans, nous avons accueilli des gens de 30 à 50 ans qui venaient en France avec nous. C’était ma deuxième carrière. J’ai toujours fait du vélo et, durant notre séjour à Aix-en-Provence, ma femme et moi avons voyagé en vélo à travers tout le pays et aussi en Espagne. 

FT: Maintenant à la retraite, à quoi ressemblent vos journées?

JB: Je mène ma vie ici exactement, comme je l’ai menée en Europe. Mêmes habitudes: j’en ai plusieurs, selon ma femme. Je viens à Wolfville presque tous les jours pour faire les courses, je prends mon espresso au café Tan, je cours sur la piste extérieure à Acadia quelques fois par semaine, ma femme et moi cuisinons ensemble.

Comme toujours, ces entretiens me fascinent, car j’y découvre un être humain avec ses nombreuses passions et ses rêves. Cela m’inspire et j’espère vous inspirer à votre tour.

Je vous laisse avec les derniers mots de James: «Apprendre une langue n’est pas seulement apprendre une langue, c’est apprendre une culture en même temps. Il n’y a pas de langue sans culture.»

(L’entretien a été modifié en aval de la publication de la chronique, à la demande de l’interviewé.) 

James W. Brown est coauteur de manuels scolaires, dont celui-ci. 

PHOTO: France Thériault

Type: Rubrique

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