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Prudencia Mbiadjeu
Contenu IJL-FDV
Avant son arrivée à Clare, Marie-Virginie Nyela, originaire du Cameroun, explique qu’elle ne se souciait pas particulièrement de la disponibilité d’un service de coiffure adapté à son type de cheveux.
«Je ne m’étais pas posé la question, je ne m’étais pas intéressée. Je ne sais pas, c’est une des choses auxquelles je n’avais pas pensé», affirme-t-elle à l’autre bout du fil.
Cette absence s’est donc présentée à elle comme «une évidence à laquelle on se rend».
Ayant déjà quelques notions de base en coiffure, la mère, dont les trois filles résidaient autrefois dans la région avec elle, a dû trouver des moyens pour s’adapter, et dit même avoir découvert en elle des talents qu’elle ignorait.
On découvre qu’on peut avoir des capacités en nous qu’on ignore, puisqu’il faut trouver des solutions.
«On découvre qu’on peut avoir des capacités en nous qu’on ignore, puisqu’il faut trouver des solutions.»
Grâce à Internet, elle a pu apprendre «beaucoup de choses» sur des alternatives de coiffure, et même sur l’entretien de ses cheveux.
Mais malgré ces moyens de substitution, la difficulté reste toujours présente. Pour elle qui avait l’habitude de se faire coiffer régulièrement par des personnes amènes à manipuler des cheveux crépus, ce changement drastique demeure «un gros défi».
Au-delà des salons de coiffure, l’accessibilité aux produits capillaires adaptés aux cheveux crépus constitue aussi un réel obstacle.
«C’était difficile et je pense que ça continue d’être difficile. Comme quand je sors de Clare [et que] je vais dans une autre ville, ou bien si je vais en Afrique, les produits de cheveux font partie des choses auxquelles je vais rapidement penser pour en avoir dans mes bagages», détaille Marie-Virginie Nyela, le ravitaillement devenant incontournable.
Cette solution, elle n’est pas la seule à y avoir recours.
La succursale de Sally Beauty.
Nelly Stella Defo Fotso est quant à elle étudiante dans un programme d’éducation à l’Université Sainte-Anne, au campus de la Pointe-de-l’Église. Venue du Cameroun en 2022, elle recommande à toute autre femme ayant des cheveux crépus, qui souhaite s’installer dans la région, de s’approvisionner avant leur arrivée.
«Avant de venir, déjà savoir, toi personnellement, prendre soin de tes cheveux. Ensuite, je dirais aussi de faire un stock, déjà, des produits que tu peux utiliser sur du long terme.»
Dans son cas, l’étudiante a pu trouver de l’aide auprès de sa communauté. Selon elle, avoir des amis qui savaient déjà tresser a pu alléger la difficulté.
«J’ai eu la chance en entrant à l’Université Saint-Anne d’avoir des camarades qui savaient coiffer. On se coiffait entre nous, vu que moi, je sais coiffer. On faisait des échanges de services et c’était vraiment cool», partage Mme Defo Fosto.
Elle ajoute que cette difficulté à pouvoir se coiffer, elle la rencontre spécifiquement en Nouvelle-Écosse.
«Avant de venir en Nouvelle-Écosse, j’étais au Nouveau-Brunswick et, honnêtement, c’était beaucoup plus facile pour moi de trouver différents salons», présente-t-elle avant de poursuivre: «Comparé à la Nouvelle-Écosse, par contre, c’est vraiment difficile.»
Un peu plus au nord de la province, à Chéticamp, Lindsey Nalunga, d’origine ougandaise, satisfait également les mêmes besoins. Lorsqu’elle est arrivée en Nouvelle-Écosse en tant qu’étudiante à Halifax, elle avait aussi recours à des camarades d’université pour se faire les cheveux.
«Je ne connaissais aucun salon, peut-être seulement grâce à Internet. C’était un peu du bouche-à-oreille […] par exemple, tu demandes à quelqu’un qui lui fait les cheveux et cette personne te le dit. C’est généralement une autre étudiante.»
Depuis son emménagement à Chéticamp, la jeune femme se coiffe désormais à Sydney. Elle évoque que les coiffeuses qui se trouvent dans la localité sont «curieuses» de savoir comment manipuler ses cheveux.
«Elles ne savent pas comment faire. Il y a des coiffeuses, mais elles ne peuvent pas me coiffer.»
Mlle Nalunga dit ainsi n’avoir «clairement pas le choix [de se coiffer à Sydney] parce qu’il n’y a pas d’accès à ce service.»
Mais un autre défi s’impose à elle: le transport. N’ayant pas de véhicule personnel, Lindsey Nalunga a recours aux services de navettes afin de se rendre chez sa coiffeuse, ce qui augmente considérablement ses dépenses.
«En fait, je vais me faire coiffer ce week-end. Je vais dépenser environ 250 dollars simplement pour me faire coiffer parce que je vais payer pour aller à Sydney, puis pour revenir également», témoigne-t-elle, résignée, au téléphone.
Il existe, selon elle, une corrélation entre l’absence de services capillaires adaptés pour elle et le transport.
«Je pense que l’un entraîne l’autre, […] puisqu’il n’y a pas de coiffeuses ici. Tu dois quitter cet endroit et aller quelque part où il y en a. Le transport devient donc un problème.»
Suzzanne Oluwagbeminija, la coiffeuse de Lindsey, est arrivée à Sydney en automne 2022. Étudiante en dernière année, elle explique avoir débuté son activité comme simple passe-temps auprès de proches.
«Je pense que la première personne dont je me suis occupée des cheveux, c’était ma colocataire, en fait.»
Elle explique avoir commencé son activité, car «il devient difficile de trouver quelqu’un qui sait coiffer les cheveux afros».
«La plupart des salons ici ne savent pas s’occuper de notre type de cheveux. Alors, finalement, beaucoup de personnes viennent et se coupent les cheveux», poursuit-elle.
Même en tant que coiffeuse, elle confie faire aussi face aux difficultés d’accessibilité aux outils capillaires adaptés à sa clientèle.
«D’après mon expérience, la principale difficulté serait en fait de se procurer les produits […] parce que, parfois, les types de produits qui conviennent aux cheveux texturés ne sont pas ceux qu’on trouve en magasin», présente-t-elle.
La coiffeuse mentionne néanmoins le salon Sally Beauty comme étant une bonne source d’approvisionnement, qui n’est toutefois pas connue de tout le monde.
Bien qu’elle ne possède pas officiellement d’établissement, Suzzanne Oluwagbeminija affirme avoir suivi une formation de coiffeuse depuis son pays d’origine, le Nigéria.
Face à ces différents témoignages, une question se pose: et si le véritable problème n’était pas l’accessibilité des salons de coiffure, mais l’éducation sur la manipulation des cheveux crépus?
La formation des professionnels de coiffure aux besoins des personnes aux cheveux crépus s’érige ainsi comme un enjeu qui mérite d’être examiné à son tour.
