Type de contenu: Actualité
Prudencia Mbiadjeu
Contenu IJL-FDV
La Société résidentielle et éducative de la région de Chéticamp, plus connue sous le nom de C.A.R.E.S., est un organisme à but non lucratif qui offre depuis 1987 des services résidentiels aux personnes ayant un handicap physique ou mental dans la région. Après 39 ans d’existence, où en sont l’organisme et ses participants aujourd’hui?
Meaghan Paturel, directrice générale de C.A.R.E.S., a présenté les différents projets qui constituent l’institution.
Au service de l’inclusion
Le programme de jour, appelé Green Door ou «la Porte verte», est la première initiative mise sur pied par C.A.R.E.S.. L’organisme le définit comme un pont qui relie les personnes ayant un handicap physique ou mental à la communauté grâce à diverses entreprises sociales, à l’éducation, à l’interaction et au renforcement des compétences personnelles.
Grâce à ce projet, les participants qui vivent en famille ou dans des foyers communautaires peuvent se retrouver quotidiennement et mener une vie active.
«Soit nous avons quelques personnes qui vivent dans la communauté avec leur famille, mais qui viennent du lundi au vendredi, d’environ 9 h à 15 h, où ils travailleraient dans notre entreprise sociale, où nous avons une friperie», explique Meaghan Paturel.
L’organisme entreprend également plusieurs initiatives sociales dans la communauté, telles que des collectes et des livraisons de courses aux personnes âgées, en plus de collaborer avec d’autres entreprises locales.
«Nous avons certaines entreprises avec lesquelles nous travaillons, par exemple, pour les bouteilles d’eau, comme le remplacement de leurs bonbonnes, et simplement différentes choses», affirme la directrice générale.
Comment devenir participant?
L’admission à C.A.R.E.S. passe par le Programme d’aide aux personnes en situation de handicap, qui relève du ministère des Opportunités et du Développement social de la Nouvelle-Écosse.
Ce programme évalue les besoins des personnes et détermine les mesures de soutien dont elles pourraient avoir besoin.
Pour être admissibles, celles-ci doivent notamment présenter un diagnostic principal d’un handicap, qu’il soit physique, intellectuel ou lié à la santé mentale.
Selon Meaghan Paturel, cette évaluation ne relève pas directement de C.A.R.E.S.. Le programme gouvernemental détermine les besoins des personnes et les soutiens nécessaires. L’organisme collabore ensuite avec le programme pour accueillir les candidats lorsqu’une place est disponible.
Intérieur de la friperie détenue par l’organisme C.A.R.E.S..
Une rémunération plus équitable
L’année 2026 marque une étape particulière pour C.A.R.E.S.. Depuis août dernier, les participants, qui recevaient autrefois un montant forfaitaire de 2 $ par jour, ensuite passé à 8 $, seraient désormais rémunérés au salaire minimum pour le travail qu’ils effectuent au sein de l’organisme.
Ce changement rend Meaghan Paturel fière. «Nous payons maintenant probablement le salaire minimum pour le travail qu’ils effectuent, car il s’agit de salaires équitables pour un travail équitable. Et c’est donc quelque chose que nous sommes également vraiment fiers de faire.»
Paturel explique également qu’un des participants, passionné par le déchiquetage de papier, est aujourd’hui rémunéré à un taux horaire qui avoisinerait 25 $ grâce à des contrats établis entre C.A.R.E.S. et des entreprises de la communauté. Selon elle, cette rémunération équitable contribue à son épanouissement personnel.
«C’est très significatif et cela lui donne un but», précise-t-elle.
Giselle Aucoin, participante à C.A.R.E.S. depuis plus de 20 ans, travaille au programme de jour, tantôt comme préposée à la lessive, ou comme caissière à la friperie. Elle fait partie des 40 % de membres du personnel bilingue de l’institution et s’épanouit dans son rôle.
J’aime ça, travailler ici. J’adore les résidents, j’adore le staff et tout ça.
«J’aime ça, travailler ici. J’adore les résidents, j’adore le staff et tout ça», affirme-t-elle avec enthousiasme.
Des activités pour rester connecté à la communauté
Des activités en plein air, comme des visites au zoo et des excursions, sont également organisées afin de permettre aux participants de rester en contact avec la communauté. Cette approche fait écho au Human Rights Remedy.
«Nous croyons véritablement qu’il faut simplement les emmener faire des choses dans la communauté, puisqu’ils constituent une partie importante de notre communauté», explique Meaghan Paturel.
Trois résidences pour l’accompagnement
Pour ses services résidentiels, C.A.R.E.S. dispose de trois résidences: Le Cap Rouge, La Maison Roderigue et le foyer Chemoi, qui est le plus ancien.
Le nom de cette résidence («chez moi») fait référence au sentiment d’appartenance que les participants et les résidents doivent ressentir à l’égard de la région de Chéticamp.
David MacLeod, l’un des participants, est un résident de Chemoi depuis près de 13 ans. Il siège au conseil d’administration, où son rôle consiste, selon ses propres mots, à «parler de la même manière qu’eux et à faire avancer les choses».
Il déplore le manque de foyers de groupe, estimant que de nombreuses personnes y sont coincées.
David MacLeod, participant de C.A.R.E.S. et résident de Chemoi.
MacLeod reste proche de la communauté. Selon Meaghan Paturel, sa belle-mère, francophone, vit toujours en ville et il lui rend généralement visite un week-end sur deux. Il se rend également à la coopérative, à la pharmacie et parfois à l’église.
«Je m’assois au comptoir, là où se trouve la table, et je fais simplement sonner la cloche, puis ils viennent et s’occupent du reste», dit-il pour décrire son rôle au sein de Green Door.
Selon Meaghan Paturel, il apprend actuellement à utiliser la caisse, se montre très courtois envers tout le monde et est rémunéré pour le travail qu’il effectue au sein de l’organisme.
Les défis de l’organisation
Comme de nombreux autres secteurs, C.A.R.E.S. doit composer avec une pénurie de personnel. Meaghan Paturel souligne que cette difficulté touche aussi bien les milieux de l’éducation et de la santé que les entreprises de restauration et la coopérative locale.
Parallèlement, l’organisme cherche à élargir ses services. Il étudie notamment la possibilité d’acquérir l’ancien couvent situé à proximité afin de le transformer en logements abordables.
Le projet viserait à accueillir des membres de la communauté, ainsi que certains participants de C.A.R.E.S. capables de vivre de façon plus autonome. Toutefois, le manque de personnel représente un obstacle important à la réalisation de cette initiative.
Au-delà de ces enjeux organisationnels, Meaghan Paturel estime qu’il reste nécessaire de faire évoluer le regard de la communauté sur les personnes ayant un handicap. Elle évoque notamment la possibilité, offerte à certains participants il y a quelques années, de disposer de leur propre carte de débit.
Cette mesure visait à favoriser leur autonomie financière et à leur permettre de gérer leur argent sans devoir systématiquement demander de l’argent au personnel et signer pour chaque somme reçue.
