Type de contenu: Actualité
Jean-Philippe Giroux
Le Courrier de la Nouvelle-Écosse – IJL
En amont du 100e, l’on offrira une série de cours afin d’amasser des fonds pour les festivités et pour continuer de couvrir le prix de la location de l’espace, au Canton culturel.
De plus, un dramaturge est en train de rédiger une pièce de théâtre sur le tapis hooké de Chéticamp, dont l’étape de la production commencera prochainement. En parallèle, l’on souhaite réaliser un livre d’enfant sur l’histoire du tapis hooké de la région.
Le collectif aura l’honneur de présenter, entre autres, un grand tapis confectionné pour une Américaine à l’Artisanal en 1989, qui est revenu à Chéticamp. La famille de cette dame l’a vendu dernièrement. L’acheteuse, consciente de sa valeur patrimoniale, l’a rapporté aux hookeuses du studio en guise de don.
Autour du printemps, il y aura des festivités pour souffler les 100 bougies de cette industrie, avec cérémonies et expositions spéciales.
Une histoire riche et complexe
Dans le passé, l’on hookait pour subvenir à ses besoins, le tapis étant une manière de faire de l’argent supplémentaire. Les familles travaillaient sur de grands tapis, le hookage devenant un artisanat collaboratif.
Mais chaque génération a sa propre réalité. Par exemple, dans les années soixante, la nécessité pour les parents de crocheter et d’assurer sa transmission n’était pas toujours là. Les hookeuses de cette tranche d’âge, comme Yvette Lelièvre, l’ont appris de leur gré, passionné par l’histoire et les souvenirs que la pratique artistique évoquait.
Les générations précédentes l’ont eu moins facile. Parfois, les jeunes filles devaient abandonner l’école pour aider la famille. C’était notamment le cas de la mère de Raymonde Doucet, se remémore la hookeuse.
Un rappel que, pour plusieurs, le tapis hooké, c’était un job, comme la pêche l’était pour les hommes. D’ailleurs, il n’était pas rare de voir l’époux en hiver prendre part au processus de création, pendant l’intersaison, raconte Mme Doucet. Certains étant des hookeux de cœur, qui exerçaient leur fibre artistique pour aider, mais également pour le plaisir.
Bien qu’aujourd’hui le tapis hooké soit un loisir prisé par plusieurs, ou du moins d’une bonne réputation, autrefois, le hookage était une besogne souvent associée à la précarité, voire stigmatisée, qui se faisait après ses autres boulots.
On avait en effet tendance à considérer que les adeptes de l’art étaient pauvres, rappelle Betty Ann Cormier, et qu’il était inhabituel pour les gens scolarisés ou travaillant dans les professions les plus prestigieuses de s’y prêter.
Certaines familles ont même abandonné cette pratique et les mauvais souvenirs qui en découlent dès qu’elles ont disposé de meilleurs moyens financiers, considérant la fin de leur relation avec le tapis hooké comme un moyen de tourner la page et de passer à autre chose: jouer dehors après le souper, profiter de leurs soirées, s’adonner à d’autres activités, etc.
Assise au métier, les hookeuses étaient très occupées. C’était souvent autour du cadre ou du métier que les conversations personnelles avaient lieu, ce qui a encouragé l’implication dans le dessin et le hookage à un bas âge.
De nos jours, le tapis hooké peut servir d’outil pour se détendre. Le matin, Raymonde Doucet s’installe pour environ une heure. En soirée, devant la télé, il n’est pas rare d’y être paisiblement, crochet en main.
Doucet a eu la chance de travailler en 2003 à l’Artisanal, l’autre bord de la coopérative de Chéticamp, qui a fermé en 2011. Dans cet édifice, où se trouvait un resto acadien, une boutique et, en bas, un musée, elle en a ouellement appris sur l’histoire de sa région, notamment sur tout à l’égard du tapis hooké.
Outiller la relève
Le studio «Tapis hookés de Chéticamp» au Canton culturel, communément appelé l’École de tapis hooké, est bien situé, selon l’artiste Betty Ann Cormier.
C’est un lieu central dans le village, et le fait que le centre culturel est greffé à l’École NDA est un avantage afin d’aller chercher les jeunes. Le collectif a déjà eu l’occasion de collaborer plusieurs fois avec des élèves du Conseil scolaire acadien provincial.
Ces débutants vont-ils continuer à hooker? Il n’y a aucune garantie. Toutefois, ce qui encourage le collectif, c’est le fait que, depuis Noël, autour de 10 jeunes ont demandé des accessoires.
L’une d’entre elles vient de partir pour les études avec un métier de hookage. Un bon signe, selon Betty Ann.
Il est difficile de déterminer à quel moment précis on se sent (et qu’on sait qu’on est) hookeuse ou hookeux. Néanmoins, certains experts, comme Betty Ann Cormier, sont de l’avis qu’il faut bien du temps pour être à l’aise avec ce titre.
Après en avoir discuté avec ses pairs, il semblerait qu’il faut 10 à 12 ans — l’équivalent, plus ou moins, de 10 000 heures de travail — pour s’autodéclarer, car il y a plusieurs étapes à franchir: le dessin, le design, la teinture de la laine, etc.
Un profil sur le tapis hooké, en complément de cet article, sera disponible dans la prochaine édition du magazine d’affaires du Courrier de la Nouvelle-Écosse, Avant-Garde, dont la thématique sera l’entrepreneuriat artistique.
