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«La loi a été faite par des hommes et pour les hommes», affirme M. Béliveau, soutenant que la Loi sur les Indiens, un texte de 1876 qui régit notamment la transmission du statut autochtone demeure, aujourd’hui encore, discriminatoire envers les femmes.
D’après lui, bien que la loi ait été modifiée à plusieurs reprises, en particulier dans les années 1980, ces changements n’ont consisté qu’en des ajustements mineurs, sans jamais accorder aux femmes les mêmes droits qu’aux hommes.
«Les Premières Nations de tout le Canada ont le droit de déterminer qui est membre et qui ne l’est pas. Ce qui ne veut pas dire que ça donne le statut. Ça, c’est complètement autre chose. Alors, ils peuvent déterminer qui est membre, mais ils ne remontent pas plus loin que les grands-parents. Autrement dit, toutes celles qui, avec les lois, ont perdu leur statut, et leurs descendants et descendantes, tout ce monde-là, ils n’y ont pas droit.»
Par le passé, les combats menés par des femmes autochtones pour préserver leur statut et leurs droits avaient pourtant déjà mis en lumière ces injustices.
Parmi ces dernières, l’anthropologue Nicole O’Bomsawin de la communauté abénakise d’Odanak a consacré 13 ans de son engagement au sein de Femmes autochtones du Québec à se battre pour que les femmes ne perdent pas leur statut après leur mariage.
La féministe abékaniste Evelyn O’Bomsawin a été la première femme élue au Conseil de bande d’Odanak et a occupé plusieurs postes à l’Association des femmes autochtones du Québec.
Quant à Mary Two-Axe Earley de la communauté Mohawk de Kahnawake, elle est l’une des militantes les plus connues de la défense des droits des femmes au Canada pour avoir lutté pendant plus de 20 ans contre la discrimination sexuelle à l’égard des femmes des Premières Nations.
Si cette liste n’est pas exhaustive, selon M. Béliveau, ces modèles d’engagements et de manifestations publiques en faveur des droits des femmes autochtones sont aujourd’hui beaucoup plus rares.
«Il n’y a pas d’implication ou très peu.»
Si rares soient-elles, il souligne toutefois les actions menées par la cheffe élue de la communauté des Heiltsuk, en Colombie-Britannique, Marylin Slett, qui s’était rendue, en octobre 2024, aux bureaux des Nations unies en Suisse pour dénoncer les discriminations dont sont victimes les femmes autochtones au Canada.
Quelques mois plus tôt, en avril 2024, une délégation de la nation Abénaquise était intervenue au siège des Nations Unies à New York pour sensibiliser l’ONU, les États et les organisations autochtones de tous les continents sur la question du vol d’identité des peuples autochtones.
Néanmoins, M. Bélliveau insiste sur le fait que les problématiques concernant les droits des femmes autochtones demeurent un sujet extrêmement tabou.
Dans son expérience des forums et réseaux sociaux, où il partage régulièrement ses opinions, il a observé une censure systématique dès qu’il aborde ces sujets.
«Ils prennent n’importe quel commentaire, mais pas quelqu’un qui est en faveur», affirme-t-il, avant de s’interroger plus loin: «Une domination masculine, peut-être? Ou alors, il y a des directives disant qu’il faut que ça se fasse selon leurs idées [et] idéologies?»
Il s’étonne également que ce soient souvent des femmes qui vont s’opposer à ceux qui se battent pour ces droits, les traitants de «Fautochtones» ou «Pretendians», termes parfois utilisés contre lui sur la plateforme X.
M. Béliveau estime pourtant nécessaire de partager son opinion, que ce soit sur Internet ou dans l’espace public. Il aimerait voir d’ailleurs un plus grand nombre de personnes suivre son exemple, en particulier lors des manifestations menées à l’occasion de la Journée nationale des peuples autochtones, le 21 juin.
Malgré tout, il garde espoir que la situation s’améliore, car si les progrès restent, selon lui, encore trop lents, il apprécie les démarches de l’ONU qui fait de plus en plus pression sur le gouvernement canadien afin qu’il corrige les discriminations dans la Loi sur les Indiens.
En octobre 2024, le CEDAW, comité de l’ONU pour l’élimination de la discrimination envers les femmes, avait effectivement exhorté le Canada à mettre fin à toute discrimination sexiste dans la Loi sur les Indiens, demandant notamment d’abolir la règle de la deuxième génération, de supprimer les inégalités liées au mariage ou à la naissance, et de réparer les torts subis par les femmes autochtones et leurs descendants.
