le Mercredi 16 septembre 2026
le Mardi 15 septembre 2026 7:00 Lettre à l'éditeur

Le Canada est plus que la somme de ses parties

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La possibilité que le Canada puisse un jour se désintégrer devrait inquiéter profondément toute personne attachée à sa liberté, à sa souveraineté et à la place qu’il occupe dans le monde.

Le Canada est plus que la somme de ses parties
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Type de contenu: Opinion

Les divergences entre les provinces, les territoires et le gouvernement fédéral sont réelles. Certains griefs sont sérieux et doivent être entendus. Mais avant d’envisager le démantèlement de leur pays, les Canadiens doivent se poser une question beaucoup plus lourde de conséquences :

Que resterait-il réellement si le Canada cessait d’exister en tant que nation unie?

Un Canada divisé ne serait pas simplement un Canada plus petit. Il deviendrait un ensemble d’entités distinctes, chacune disposant de moins de puissance économique, de moins de pouvoir d’achat, de moins d’influence internationale et d’une capacité réduite à résister aux pressions extérieures.

Le pays perdrait également quelque chose d’autre : le caractère particulier qui s’est formé lorsque ses peuples, ses provinces et ses territoires ont choisi de bâtir quelque chose de plus grand qu’eux-mêmes.

 Je ne suis ni constitutionnaliste, ni économiste, ni politologue. J’ai consacré une grande partie de ma vie professionnelle à offrir aux élèves les milieux d’apprentissage les plus stimulants et les plus exigeants possible. Il y a donc beaucoup de choses, en politique, que je ne prétends pas comprendre — et que je ne comprendrai peut-être jamais.

Mais une simple analogie scientifique peut nous aider à mesurer ce qui est en jeu.

Tous les écoliers apprennent que l’eau est composée d’hydrogène et d’oxygène. Pris séparément, l’hydrogène brûle facilement — il a alimenté le terrible incendie qui a détruit le dirigeable Hindenburg — tandis que l’oxygène contribue à la rouille qui ronge nos voitures, nos ponts et nos machines. Ce qui, à son tour, nous met très en colère.

Pourtant, lorsque deux atomes d’hydrogène se lient à un atome d’oxygène, ils forment quelque chose qu’aucun de ces éléments ne pourrait devenir à lui seul : l’eau, cette substance dont dépend la vie. Sans eau, vous et moi n’avons aucune chance de survivre. Un point, c’est tout.

Le Canada a été bâti selon un principe comparable. Ses provinces, ses territoires et ses peuples n’ont pas perdu leur caractère distinctif en intégrant le pays. Ensemble, cependant, ils ont créé quelque chose qu’aucun d’entre eux n’aurait pu créer séparément. 

La Confédération, proclamée le 1er juillet 1867, n’a pas produit du jour au lendemain un pays achevé. Le Canada s’est constitué progressivement grâce à la négociation, au compromis, au sacrifice et à une volonté extraordinaire de croire que des peuples séparés par la langue, la culture, la religion, la géographie et leur expérience historique pouvaient bâtir ensemble quelque chose de plus grand que ce que chacun aurait pu construire seul. Cette construction s’est poursuivie pendant des générations, Terre-Neuve devenant la dixième et plus récente province du Canada en 1949.

 Bien avant la Confédération, des explorateurs, des colons et des commerçants français ont parcouru d’immenses distances à travers une nature sauvage et périlleuse. Ils ont établi des colonies permanentes et des postes de traite, navigué sur des voies navigables inconnues et affronté des hivers beaucoup plus rigoureux que tout ce qu’ils avaient connu en Europe. Beaucoup y ont laissé leur vie.

Ceux qui ont survécu n’y sont pas parvenus seuls.

 Leur survie et l’expansion de la traite des fourrures dépendaient des relations qu’ils avaient nouées avec les peuples autochtones, qui possédaient une connaissance intime du territoire, de ses cours d’eau, de ses saisons et de sa faune. Les membres des Premières Nations échangeaient des fourrures, guidaient les voyageurs sur des routes ancestrales et enseignaient aux nouveaux arrivants comment survivre. Les communautés métisses sont devenues des commerçantes, des interprètes, des navigatrices et des passerelles entre les cultures. Partout dans le Nord, le savoir inuit a rendu possibles les déplacements, le commerce et la survie dans l’un des environnements les plus exigeants de la planète.

 Sans les connaissances et l’aide des membres des Premières Nations, des Métis et des Inuit, beaucoup de ceux qui se sont aventurés à l’intérieur du continent seraient morts. Le Canada tel que nous le connaissons n’aurait pas pu se développer sans eux.

Les colons, les commerçants et les bâtisseurs anglophones ont également contribué à établir les fondements de ce pays en pleine évolution. Ils lui ont apporté des institutions, des systèmes de gouvernement démocratique, des industries et des traditions juridiques. Ils n’ont pas effacé ce qui les avait précédés. Les histoires française, anglaise et autochtone sont devenues les fils indissociables d’une histoire canadienne beaucoup plus vaste — et encore inachevée. 

Puis sont arrivés des millions de migrants venus d’Europe et, par la suite, de presque toutes les régions du monde. Ils ont défriché les terres, fondé des communautés, travaillé dans les mines, les forêts et les usines, créé des entreprises, élevé des familles et contribué à transformer les Prairies en l’une des grandes régions céréalières du monde.

 Ils ne faisaient pas que s’établir dans différentes parties d’un continent. Ensemble, ils bâtissaient un pays. Pas n’importe quel pays. Un pays appelé le Canada — un pays qui allait devenir un phare d’espoir pour les réfugiés, les familles déplacées et les personnes démunies en quête d’une occasion de reconstruire leur vie. Ni plus ni moins.

Rien n’illustre mieux l’ampleur de cette entreprise que la voie ferrée construite à travers les forêts, les rivières, les muskegs, les montagnes et des distances qui semblaient infinies.

 Pour ceux d’entre nous qui voyagent aujourd’hui dans des voitures chauffées, des trains confortables ou des avions, il est difficile d’imaginer ce qu’exigeait ce travail. Imaginez-vous debout au bord d’une voie ferrée inachevée alors que la température est tombée à moins 40 degrés Celsius. Le sol sous la voie est gelé à pierre fendre. Les outils d’acier brûlent les mains qui les touchent. Chaque respiration est douloureuse. Vous avez l’impression qu’à tout moment vos poumons vont éclater.

Pourtant, il fallait encore soulever un lourd rail et le mettre en place, poser un autre crampon de fer sur une traverse de bois, puis l’enfoncer d’un nouveau coup de marteau.

Puis un autre — et encore un autre — kilomètre après kilomètre, sur près de 4 600 kilomètres de nature sauvage. 

Les ouvriers venaient de nombreux horizons, notamment les milliers de travailleurs chinois qui ont affronté le danger, la discrimination et la mort en construisant certaines des sections les plus difficiles. Il ne s’agissait pas simplement de lignes tracées sur une carte. C’étaient des kilomètres de rails posés par des mains humaines, souvent dans des conditions presque inimaginables aujourd’hui.

Le 7 novembre 1885, à Craigellachie, en Colombie-Britannique, le dernier crampon du chemin de fer du Canadien Pacifique fut enfoncé dans une traverse de bois. Ce geste ne marquait pas seulement l’achèvement d’une voie ferrée continue traversant le pays. Il est devenu le symbole de ce que des êtres humains pouvaient accomplir lorsqu’ils étaient prêts à surmonter la distance et leurs différences afin de poursuivre un objectif commun. 

Ils ont enduré des épreuves extraordinaires parce qu’ils croyaient bâtir un pays capable d’offrir un avenir meilleur à leurs fils et à leurs filles.

Rien de tout cela n’a été facile. Rien de tout cela n’a été parfait.

Certains des liens qui avaient contribué à créer le Canada ont ensuite été affaiblis — et, dans certains cas, rompus — par l’injustice, l’exclusion et des promesses non tenues, particulièrement dans la manière dont les peuples autochtones ont été traités. Notre amour profond pour le Canada ne doit pas nous empêcher de reconnaître que ses idéaux n’ont pas toujours été respectés. Un amour véritable nous oblige à regarder ses échecs en face, à réparer les relations là où nous le pouvons et à poursuivre la construction d’un pays plus juste.

Le Canada s’efforce de cheminer vers la réconciliation avec les Premières Nations, les Métis et les Inuit, mais il reste encore beaucoup de chemin à parcourir.

Cette responsabilité permanente appartient à tous les Canadiens : aux membres des Premières Nations, aux Métis et aux Inuit; aux descendants des pionniers, des colons et des bâtisseurs français et britanniques dont les racines remontent à plusieurs siècles; aux familles de ceux qui sont arrivés au cours des générations suivantes; et à ceux qui n’ont commencé que récemment à appeler le Canada leur foyer. 

Ensemble, ils forment la mosaïque culturelle pour laquelle le Canada est reconnu à juste titre. Une mosaïque n’exige pas que chacune de ses pièces devienne identique aux autres. Chacune apporte sa couleur, son histoire, sa langue, sa foi, ses traditions et son expérience. Sa beauté naît du fait que les différentes pièces conservent leur caractère distinctif tout en s’intégrant dans une image plus vaste.

 Retirez suffisamment de pièces, et l’image disparaît complètement.

Pourquoi, alors, les Canadiens envisageraient-ils de démanteler ce que des générations ont tant sacrifié pour bâtir?

Un Canada fragmenté aurait moins de capacité à négocier des accords commerciaux, à défendre l’Arctique, à protéger ses frontières, à gérer ses eaux communes ou à préserver l’accès aux ressources essentielles. Quelle autorité un premier ministre canadien — ou les dirigeants des pays qui auraient remplacé le Canada — pourrait-il exercer sur la scène internationale après que les Canadiens auraient choisi la séparation plutôt qu’un destin commun?

Plus important encore, quel message enverrions-nous à un monde qui voit dans le Canada la preuve que la diversité et l’unité peuvent coexister?

 Il n’est pas nécessaire d’être un génie pour comprendre qu’un Canada divisé ne serait pas simplement un Canada plus petit. Il deviendrait un ensemble plus faible d’entités distinctes, chacune disposant de moins de puissance économique, de moins de pouvoir d’achat, de moins d’influence internationale et d’une capacité réduite à résister aux pressions extérieures.

Et ne nous faisons aucune illusion sur ce qui suivrait. De puissants intérêts mondiaux ne tarderaient pas à tourner autour des fragments de notre pays comme des requins affamés, guettant l’occasion d’exploiter nos divisions. 

Ils sauraient exactement ce qui s’offre à eux : l’eau douce du Canada, son pétrole, sa potasse, son aluminium, ses forêts, ses terres agricoles, ses minéraux stratégiques et ses terres rares. Ils comprendraient également l’immense valeur de ses ports en eau profonde, de son vaste territoire arctique et de sa position stratégique incomparable entre trois océans.

Un Canada uni peut protéger ces ressources et défendre sa souveraineté. Un ensemble de pays plus petits et concurrents serait beaucoup plus vulnérable à la coercition économique, à l’ingérence étrangère et à l’exploitation.

 Peut-être avons-nous conclu qu’un Canada libre, juste et indépendant ne mérite plus d’être défendu. Dans ce cas, pourquoi ne pas le vendre aux enchères au plus offrant?

Mieux encore, pourquoi ne pas diviser le pays en trois parties égales et en donner un tiers à chacune des trois grandes puissances mondiales? Je suis certain qu’elles accueilleraient avec plaisir un accès sans entrave aux ressources, au territoire et à la position stratégique du Canada.

 Cette proposition est délibérément troublante, car les conséquences de la fragmentation devraient nous troubler. Le démantèlement du Canada ne doit jamais être traité comme s’il ne s’agissait que d’une réorganisation administrative de lignes tracées sur une carte.

Ce serait la destruction d’un pays. Cela briserait le cœur du Canada et réduirait son âme en éclats.

Le Canada n’est pas un pays comme les autres. C’est un pays créé grâce au courage, à la sueur, aux larmes et aux sacrifices de générations entières — des peuples autochtones dont la présence remonte à des milliers d’années; des colons français et britanniques et de leurs descendants; ainsi que de ceux qui sont venus plus tard de presque tous les coins du monde. Ensemble, ils ont accompli un exploit extraordinaire, souvent dans des conditions de vie et de travail que vous et moi ne pourrons jamais pleinement apprécier. 

J’ai vécu assez longtemps sur cette planète pour savoir qu’aucune province ni aucun territoire ne devrait être appelé à renoncer à sa langue, à sa culture ou à son identité. Aucun ne devrait non plus être privé de ses aspirations économiques légitimes, notamment le développement responsable de ses ressources et la possibilité de trouver des marchés pour ses produits.

Mais rien de tout cela ne nous oblige à démolir notre pays en cours de route.

Et, cette fois-ci, je vais délibérément me répéter : personne — et je dis bien personne — ne peut savoir avec certitude ce qui arriverait à un Canada divisé. Une fois le pays démantelé, il pourrait ne plus exister aucun moyen de le reconstituer. 

Pendant cinquante ans, j’ai écouté des enfants dont les parents s’étaient séparés. Leur souhait le plus profond est demeuré remarquablement constant depuis le jour où je suis entré pour la première fois dans une salle de classe à Kingston, en Ontario, en 1974. C’était presque comme si la même bande magnétique se rejouait sans cesse. Le message qui y était enregistré n’avait pas changé d’un iota :

« Je veux que maman et papa se remettent ensemble, comme avant. »

Je sais qu’un pays n’est pas identique à une famille. Néanmoins, l’avertissement demeure pertinent : la séparation entraîne des conséquences que l’on sous-estime facilement avant que les liens soient rompus, mais qui deviennent douloureusement évidentes par la suite.

Lorsque des liens puissants sont rompus, les parties séparées ne peuvent pas nécessairement reproduire les qualités de l’ensemble. La comparaison avec l’eau ne fait que nous rappeler cette vérité. Nous n’avons pas besoin de détruire le Canada pour redécouvrir ce que l’humanité comprend depuis des siècles.

Pour moi, quelles que soient les divergences entre une province ou un territoire et Ottawa, elles deviennent insignifiantes lorsqu’on les compare à la destruction du pays qui m’a façonné. 

Le Canada m’a appris à valoriser l’équité.

Il m’a appris à respecter la primauté du droit.

Il m’a appris que la liberté comporte des responsabilités et qu’une société digne de ce nom doit prendre soin des personnes moins favorisées que nous.

Le Canada m’a instruit. Il m’a donné la possibilité de devenir professeur de biologie au secondaire et, grâce à ce travail, de contribuer à l’éducation des autres. Bien que j’aie par la suite élu domicile en Australie, le Canada n’a jamais cessé — et ne cessera jamais — de faire partie de ce que je suis.

Je crois toujours que le Canada qui m’a instruit mérite que l’on se batte pour lui.

Peut-être ne suis-je qu’un rêveur. Peut-être que l’idée d’un Canada fier, libre et souverain — gravée dans mon esprit pendant mes années au Riverdale Collegiate Institute, à l’Université de Toronto et à l’Université Queen’s — n’a plus d’importance. Si tel est le cas, je devrais peut-être retourner dans ces merveilleux établissements et leur demander de me rembourser.

Mais je ne crois pas que cette leçon soit devenue désuète.

J’ai toujours cru à l’ingéniosité, à la résilience et à la dignité de l’esprit humain. Il m’est presque impossible de croire que les peuples du Canada resteraient les bras croisés et permettraient à leur pays bien-aimé de voler en éclats : les membres des Premières Nations, les Métis et les Inuit; les descendants des Français et des Britanniques arrivés il y a plusieurs siècles; les enfants et les petits-enfants des migrants et des réfugiés arrivés plus tard; ainsi que ceux qui n’ont commencé que récemment à appeler le Canada leur foyer.

Leurs histoires sont différentes. Leurs contributions sont différentes. La profondeur de leurs racines peut être différente. Mais le Canada leur appartient à tous, et son avenir repose désormais entre leurs mains. Le moment est venu pour chaque Canadien de manifester son attachement au pays qu’ils partagent et qu’ils appellent leur foyer. 

Ô Canada, nous monterons toujours la garde pour toi.

Ralph Pirozzo, JP, PHF 

Fondateur et directeur général 

Promoting Learning International 

RT (Canada), BSc (programme de quatre ans — mention A, Université de Toronto), BEd (Université Queen’s), Grad. Dip. Res. Teach. (QUT), Grad. Cert. Mgt. (QUT), STAQ, MACE (membre à vie)

 Ralph Pirozzo est consultant indépendant en éducation et réside à Brisbane, en Australie.

Type: Opinion

Opinion: Fait la promotion d’idées et tire des conclusions à partir de l’interprétation des faits et des données.

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