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Margaux Paz Paredes
Le Courrier de la Nouvelle-Écosse – IJL
Le Jollof est un plat de riz rouge cuit avec des épices, des tomates, des poivrons et des oignons. On peut le préparer en version végétarienne, avec de la viande, de la volaille ou du poisson. Aussi populaire que généreux, symbole d’hospitalité et tradition familiale, reconnu comme patrimoine culturel immatériel de l’humanité par l’UNESCO, on le retrouve dans plusieurs cuisines ouest-africaines.
Lui rendre hommage durant cet événement était ainsi une façon de rassembler tout en célébrant les communautés et cultures d’Afrique de l’Ouest.
Durant les festivités, les visiteurs étaient invités à déguster différents Jollof concoctés par des chefs et des cuisiniers amateurs originaires du Nigeria, du Ghana, de Gambie et du Sénégal, où le plat est plus connu sous l’appellation de Thieb ou Thiebou dieune (ou Ceebu jën, les orthographes variant).
«C’est le nom wolof. C’est le langage de chez nous», explique Aminata Brown, éducatrice au CSAP et représentante du Sénégal. Le Thiebou dieune, c’est notre plat principal. «Au Sénégal, 90 % des populations préparent ça tous les jours», affirme-t-elle.
Si le public pouvait goûter aux mets servis par les exposants, l’enjeu du festival était surtout la compétition où s’affrontaient des gourmets des quatre pays pour savoir qui avait réalisé le meilleur Jollof.
Le jury, composé des chefs Armando Cavero, Daniel Obeng et Anandhu Kallarackal Ravi, de l’entrepreneuse culinaire Alhaja Hallimah Mufutau, et de Sylvia Paris-Drummond, reconnue pour ses engagements en éducation afrocentrique en Nouvelle-Écosse, devait évaluer l’expérience dans son ensemble: le goût comme la présentation, la créativité et l’originalité des plats.
Le public, ceux qui disposaient de Pass VIP, pouvait aussi voter pour leur Jollof préféré.
«La pression, je l’ai eu au jour J, le jour de la finale parce que je savais pas l’enjeu», raconte Aminata Brown, regrettant un manque de clarté dans la communication de l’équipe organisatrice. «Je croyais que je vais préparer le Thieb et c’est fini, c’est à eux de venir goûter ou bien de venir prendre le plat et manger ou goûter. Je ne savais pas que la présentation comptait, alors que c’était la présentation qui comptait le plus que la préparation.»
À travers ce concours, il s’agissait de poser sur le devant de la table une question de longue date et une rivalité bien connue en Afrique de l’Ouest, à savoir: qui prépare le meilleur Jollof? Un débat remis au goût du jour dans un esprit convivial et gourmand.
«J’ai voulu prendre la première position, mais malheureusement, je ne l’ai pas prise, regrette Aminata Brown, alors que tout le monde sait que mon Thiebou dieune était le meilleur. Les hommes me l’ont dit et moi je le sais. Parce que la personne qui a pris la première, quand elle a vu la façon que j’ai préparée, elle m’a même demandé si je peux lui donner un peu de ma recette.»
Pour cette première édition du festival, c’est en effet l’équipe de la Gambie qui a remporté la bataille, suivie de celle du Nigeria, puis du Ghana.
«Ça m’a frustrée, mais après, j’ai dit “c’est ok”, relativise finalement Aminata Brown. Parce que puisque le Sénégal et la Gambie, c’est un seul peuple, même si la Gambie gagne, c’est comme si le Sénégal a gagné. On est des pays frères.»
Hors compétition, les personnes présentes pouvaient aussi goûter aux plats proposés par les exposants. Comme l’une des participantes qui a partagé ce qu’elle avait pensé de la préparation achetée sur un stand nigérian:
«C’était bon. Après, comme c’était quelque chose de préparé en grande quantité, peut-être que j’aurais personnellement aimé que ce soit un petit peu moins sec. L’assaisonnement, j’ai trouvé que c’était relevé. Pour moi, ça ne me dérange pas. Mais pour des personnes qui sont peut-être moins habituées à manger épicés, ça aurait pu être un peu plus gênant.»
Gênant, car piquant, précise-t-elle, reconnaissant que cet aspect épicé est propre à la cuisine nigériane, mais aussi ghanéenne. D’après ses souvenirs, le Thieb du Sénégal est moins piquant, servi avec d’autres épices et plus de légumes, comme des carottes ou des choux.
«On le prépare avec le poisson, souligne Aminata Brown. Alors que les autres pays, le Jollof Rice, ils le préparent avec le poulet.»
Stand de vêtements.
Au-delà de cette dimension culinaire, la célébration culturelle alliait musique, danse et défilé de mode, offrant à la communauté une expérience des plus créatives et singulières, une immersion totale dans la découverte des cultures ouest-africaines.
Pour cette première édition, des artistes locaux étaient de la partie. Parmi ces derniers, la chanteuse afro-néo-écossaise Julia Tynes, le groupe philippin Accur8, le musicien d’origine antiguaise Asha Prince, le groupe Chris Henshaw & The Coming Storm, le percussionniste Conga Sanmi et le groupe Rythme de l’Afrique ont livré au public de grandes vibrations, mélange de sons traditionnels et modernes.
Le défilé, pour sa part, mettait en valeur la créativité africaine et caribéenne, à travers des couleurs, des tissus et des motifs exprimant des identités fortes et un héritage culturel partagé par-delà les continents et les communautés.
Une autre façon de célébrer la diversité.
Toutefois, certains spectateurs ont manifesté qu’ils auraient souhaité une meilleure communication du déroulé des événements.
«Le manque de programmation visible pour moi a fait que j’ai manqué certaines choses», regrette une participante.
«Si tu étais occupé à faire la file, par exemple pour aller acheter à l’entrée, c’était mon cas, tu manquais un peu tout ce qui se passait sur scène, donc ça a été pour moi le gros bémol», renchérit une autre festivalière.
Mais, malgré ces quelques désagréments, les deux estiment que, pour une première à Halifax, les organisateurs ont quand même su produire un beau spectacle.
«Je recommanderais l’événement à d’autres personnes. Si on reste deux heures sur le site ou trois heures, et qu’on veut juste passer une après-midi détente avec du beau temps, une petite ambiance, c’est très bien», reconnaît la première.
«Ça permet aussi de faire découvrir d’autres cultures, les cultures africaines à la communauté, à Halifax. Donc, franchement, non, c’est sympa, et je dirais à refaire!» s’enthousiasme son amie.
De la même manière qu’Aminata Brown, prête à réitérer l’expérience si l’occasion se présente: «Parce que moi j’aime les défis!»
