Type de contenu: Opinion
Selon mon esprit naïf de 2017, l’année que je suis sorti du placard, à l’exception de quelques insultes homophobes qui m’ont été adressées, j’ai présumé que le chemin tracé devant moi n’était que de l’amour et de l’égalité. Aujourd’hui, mon cœur est brisé, sachant que je me suis trompé.
L’époque d’or à laquelle je m’attendais ne s’est pas manifestée.
Cette révélation n’est pas apparue devant mon visage soudainement. En fait, elle était une bombe à retardement qui attendait patiemment dans les ombres de la société, ayant comme but d’éclater en pleine face. Peu à peu, l’intolérance extrême dont la population parlait rarement s’est dressé la tête violemment dans le discours politique.
Pendant les années qui ont suivi mon coming out, je me suis donné un but : il faut que je défende les droits de ma communauté jusqu’au bout. Je n’aurai pas peur de ceux qui essayent de m’intimider. Si l’on capitule aux xénophobes, on ne gagnera rien. Je ne serai pas limité aux quatre murs de mon ‘placard’ de nouveau. Je n’accepterai pas une vie vécue dans l’obscurité.
J’ai travaillé sans relâche pour promouvoir ma communauté, pour communiquer au monde qu’on ne cherche que des droits égaux et la dignité humaine commune. Je suis allé aux défilés de la fierté à Halifax et Charlottetown, j’ai réussi à convaincre ma municipalité de lever un drapeau de la fierté annuellement en juin, j’ai débordé mes comptes de réseaux sociaux avec des messages de soutien, j’ai publié un article à ce sujet sur CBC et j’ai fait appel à notre gouvernement provincial pour du soutien sans équivoque.
Lors de mes épreuves, j’ai subi de l’opposition. J’ai eu des messages des gens de ma région me disant qu’on ne devrait pas soutenir les droits 2SLGBTQIA+. Si l’on ‘veut’ faire partie de cette communauté, on devrait le garder à soi-même. On me disait que la communauté 2SLGBTQIA+ n’était que des pédophiles et des groomers.
Pourtant, contraire à ce que ces agresseurs pensaient, chaque fois qu’on m’a envoyé un message xénophobe, qu’on me disait que je n’étais pas digne du respect accordé à mes compagnons cisgenres, hétérosexuel, on m’a inspiré de lutter davantage. On me lance un défi ? J’accepte !
Toutefois, quand la haine vocale s’est transformée en menace physique, la fragilité de mon état humain est devenue plus évidente qu’à jamais. En 2023, la soirée où un homme a menacé de me mettre au tapis tout simplement à cause de ma sexualité, j’ai ressenti la peur réelle pour la première fois. À partir de cette soirée-là, je n’ai pas vu la vie en rose.
J’étais tellement confus. Je me suis posé la question : comment est-il possible qu’on fasse des pas de recul ? Ç’a pas d’bon sang !
Toutefois, en visionnant des vidéos liées à la fierté dernièrement, j’ai trouvé des extraits de la nouvelle émission britannique télévisée Tip Toe avec Alan Cumming et Paul Rhys qui jouent des rôles de personnages 2SLGBTQIA+. Une conversation entre eux m’a vraiment touché.
Cumming questionne si la société fait un retour en arrière, aux propos discriminatoires des années 90. Sans hésitation, Rhys lui dit que nous y sommes déjà. Rhys lui explique qu’à l’époque, il aurait pensé que l’année 2026 sera l’époque de splendeur. Depuis que la société nous a convaincus de sortir du placard, on pensait que tout serait bel et bien. La vie ne sera que des câlins et des bisous. Rhys pense, en réalité, que les gens voulaient qu’on en sorte pour nous viser. C’était un piège bien déguisé.
Pour la première fois, grâce à cette vidéo, j’ai pu finalement identifier l’émotion que je ressentais depuis 2023. Ce n’était pas forcément de la peur, mais plutôt de la trahison. La société m’a trompé. Ma protection n’était plus garantie.
Aujourd’hui, la rhétorique des gens quotidiens et même les politiciens haut placés bombarde la communauté 2SLGBTQIA+ – notamment les personnes transgenres – de tous les bords. La promesse du paradis auquel je m’attendais était arrachée de mes mains, de nos mains.
L’idée que mon avenir ne mènera qu’à la discrimination et l’infraction des droits fondamentaux aurait pu m’écraser. J’aurais pu lever le drapeau blanc face à tous ces défis. Par contre, il y avait toujours une voix dans ma tête qui rayonnait en silence, un appel au devoir.
Je ne peux pas me tourner les pouces, car la situation de nos jours est une question de survie. Des décennies avant ma naissance, il y avait plusieurs défenseurs courageux qui ont risqué leurs vies pour que je puisse jouir de mes libertés actuelles.
Je n’ai pas eu besoin de lancer des briques grâce aux manifestations Stonewall en 1969. Je n’ai pas eu besoin de subir les tests du Fruit Machine. Je n’ai pas eu besoin de vivre un deuil constant causé par mes amis mourants de SIDA. Grâce aux sacrifices de milliers de gens forts et résilients, je suis capable de vous communiquer mon message aujourd’hui : ne lâchez pas ! L’heure la plus sombre est juste avant le lever du jour.
En ce moment charnière, nous devons nous élever au-dessus de la haine. Sortez vos drapeaux de fiertés, allez dans les rues, rassemblez la communauté et nos alliés afin d’exploiter vos voix les plus bruyantes. Rappelez aux haters que nous sommes là, nous sommes queers, faites-vous-y !
On nous a passé le flambeau. C’est à notre tour maintenant d’être la génération courageuse.
Bailey Ross
