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Les efforts profonds du père Fiset envers l’amélioration de Chéticamp

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Le père Pierre Fiset, curé de la paroisse de Chéticamp de 1875 à 1909. — PHOTO: Archives
Le père Pierre Fiset, curé de la paroisse de Chéticamp de 1875 à 1909.
PHOTO: Archives

Avec le printemps parmi nous, nos communautés semblent devenir vivantes au début de la saison de pêche. C’est l’agitation commune pour ceux impliqués dans l’industrie de la pêche et bien sûr ceux qui se préparent pour la saison touristique à venir.

Les efforts profonds du père Fiset envers l’amélioration de Chéticamp
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Type de contenu: Récit

Cela me ramène toujours aux premiers jours des pêcheries et à la façon dont nos ancêtres acadiens ont lutté pour retourner à leur patrie et simplement survivre. Aujourd’hui, j’ai pensé partager quelques informations sur les premiers jours de la pêche et la fondation d’autres établissements à Chéticamp.

La Pointe sur l’ile de Chéticamp était autrefois un port de pêche prospère, un lieu de commerce qui attirait beaucoup dans la région. Certains ont découvert des pointes de flèches mi’kmaq et certains chercheurs croient que c’était autrefois un avant-poste saisonnier de pêche et de chasse mi’kmaq avant que des Européens soient ici. 

Certains ont vu des preuves qu’avant les Anglais, les Britanniques, les Français, les Basques et Jersey, les Portugais sont venus au Cap-Breton et ont commencé à pêcher et à commercer avec les peuples autochtones ici, dès les années 1500, incluant La Pointe comme port naturel.

À la fin des années 1760, la compagnie Philip Robin (plus tard la Charles Robin), ou mieux connue de nous comme Les Jerseys, est venue ici de l’ile de Jersey, la plus grande et la plus méridionale d’un groupe d’iles appelées les iles Anglo-Normandes dans la Manche. Elle est située approximativement à 14 miles de la côte nord-ouest de la France et à 100 miles de la côte sud de l’Angleterre. 

Voici une vieille photo d’un port de pêche très animé, avec l’église Saint-Pierre en arrière-plan.

PHOTO: Archives

Les Jerseys sont venus exploiter l’industrie de la pêche et ont commencé l’achat et la transformation du poisson à La Pointe, ile de Chéticamp. Les Robins amenaient de leur patrie de jeunes hommes qui travaillaient dans leurs opérations pour des contrats à court terme. Ceux-ci étaient de foi protestante, comme descendants des huguenots qui ont choisi de s’établir à Jersey afin d’éviter la persécution religieuse en France aux 16e et 17e siècles.

Après la Déportation de 1755, les Robins ont recruté des Acadiens exilés pour revenir d’Europe et travailler pour eux. Pour plusieurs de nos ancêtres acadiens, c’était leur seule opportunité de retourner à leur patrie de la Nouvelle-Écosse, sur des navires fournis par les Jerseys. Certains de ces Acadiens sont arrivés pour travailler pour les Robins et ont éventuellement établi la communauté permanente de Chéticamp en 1785.

Les Jerseys sont restés pendant plus d’un siècle, le plus fort monopole de pêche dans l’Est du Canada. Comme cette compagnie n’avait pas de compétiteurs, ils pouvaient établir les règles. Nos Acadiens étaient à leur merci; ils étaient pauvres, n’avaient pas beaucoup d’éducation et étaient victimes de temps économiques difficiles. 

Les Jerseys possédaient des bateaux et des engins de pêche. Notre peuple travaillait du matin, tôt, jusqu’à la nuit et était payé très peu. En fait, ils étaient rarement payés avec de l’argent, mais plutôt avec de la marchandise et des fournitures. Tout était fait sur une base de crédit. Une partie d’un système sans issue (Catch 22) qui empêcherait notre peuple de faire tout progrès financier; ils survivaient simplement.

Une personne en particulier qui a aidé à changer ce mode de vie pour les Acadiens était le père Pierre Fiset (1840-1909) de L’Ancienne-Lorette, près de Québec. Le père Fiset était un homme d’œuvres exceptionnelles. Plus que tout autre, ce grand homme a aidé à mettre Chéticamp sur la carte géographique par ses actions vigoureuses et l’importance qu’il a réussi à lui donner. Il était l’un des plus beaux caractères parmi les nombreux prêtres canadiens-français qui se sont donnés au diocèse et qui ont contribué tellement à sauver les Acadiens d’être anglicisés.

Déterminant à son arrivée dans notre région l’esclavage pitoyable dans lequel les Chéticantins étaient tenus par les Jerseys, le père Fiset a résolu de se dévouer à leur liberté économique.

Le père Fiset était le premier pasteur qui ne s’est pas soucié de faire une visite de courtoisie aux Jerseys. Cela les a inquiétés, alors ils sont venus visiter le prêtre. Sans tourner autour du pot, le père Fiset leur a dit: «Je vais consacrer ma vie à vous chasser de Chéticamp. J’ai une certaine somme d’argent pour faire cela, et si ce n’est pas suffisant, je peux en obtenir davantage!»

Des pêcheurs travaillant d’arrachepied pour rentrer chez eux avec une prise abondante.

PHOTO: Archives

La première entreprise du père Fiset fut l’achat d’un magasin en 1883, qu’il confia aux soins de Micheal Crispo, plus tard à Timothée Crispo, son beau-frère, tous deux qu’il avait encouragés à venir à Chéticamp d’Havre-à-Boucher. Le magasin est devenu l’un des plus grands magasins dans le port. 

Au magasin, il a ajouté le commerce de poisson et d’animaux. La vaste étendue de terre au-dessus de l’église et de la maison curiale était couverte de vigneaux (poteaux de filet pour sécher le poisson). Il achetait du poisson au port et à La Pointe, tout comme il achetait du bétail pour la revente sur le marché extérieur.

Attentif à tout ce qui pouvait améliorer le sort de son troupeau, dès 1875, le père Fiset avait convaincu son frère, le Dr Napoléon Fiset, de déménager à Chéticamp. Le Dr Napoléon Fiset était le premier médecin dans notre communauté.

Plus tard en 1888, le père Fiset a construit un grand quai au port, puis un autre à La Pointe en 1904. Il est lui-même devenu propriétaire de l’usine de homard que les Jerseys possédaient à l’origine à La Pointe. Il a acheté le moulin à farine situé à la tête du Platin et lui a donné une nouvelle vie.

Il possédait aussi une grande ferme avec cinq granges, huit chevaux et plus d’une centaine de bovins. Il a enseigné aux gens le respect de la terre et souhaitait donner un bon exemple aux Chéticantins, pour qui la pêche avait toujours été un obstacle à l’avancement de l’agriculture. 

Vous pouvez imaginer que cet entrepreneur travaillait de longues journées, dans ses salopettes, défrichant de nouvelles terres, semant et récoltant sa moisson. Avec l’intention d’encourager ses paroissiens à faire autant, il préférait que la dime soit payée en produits.

Les Robins, ayant fermé leur entreprise à La Pointe vers 1893 afin de se concentrer davantage au port, n’attachaient plus d’importance à l’ile. Le père Fiset a acheté toute l’ile, sauf le stock dessus, d’eux pour 10 000,00 $. C’était un vaste territoire qu’il a retiré des mains des Jerseys.

De plus, le père Fiset avait fait des efforts gigantesques vers l’exploitation de divers types de mines. Ces travaux et tout ce progrès rendaient de plus en plus impératif d’avoir un service de transport entre Chéticamp et les régions extérieures. 

En 1886, grâce à la détermination du père Fiset, le service régulier de bateau à vapeur, le Beaver, a été obtenu entre Chéticamp et Pictou, reliant ainsi Chéticamp à un système ferroviaire. Plus tard, le père Fiset aurait son propre bateau de 5 000 tonnes, l’Amethyst.

Le père Fiset a également été déterminant dans la construction d’une très grande et belle église, une de gloire. L’église Saint-Pierre a été construite en 1892 et a été bâtie pratiquement sans dettes. Lorsque le père Fiset a entrepris de recueillir des fonds pour compléter l’intérieur, il restait 3 000 $ à payer sur l’église. 

Il a lui-même payé cette dette de sa propre poche, disant simplement aux gens depuis la chaire: «Quelqu’un l’a payée. Je vous laisse deviner qui.» 

L’intérieur de l’église a été terminé en 1900. Aujourd’hui, cette église est encore une icône dans notre région, connue pour la beauté de son style roman et la finesse de son travail du bois; cette église est l’un des plus beaux édifices religieux dans les provinces maritimes. Elle est devenue un site historique visité par des gens du monde entier, un mémorial au courage et à l’esprit de foi des Chéticantins.

Un des intérêts les plus importants du père Fiset était l’éducation. Le père Fiset a entrepris la tâche d’organiser les écoles existantes et d’en construire d’autres. Il avait aussi de plus grands rêves pour Chéticamp; il voulait faire venir des enseignants religieux.

Vers 1900, trois Sœurs de la Providence de Montréal, au Québec, sont arrivées dans notre région. Le père Fiset a immédiatement commencé la construction d’un grand couvent. Ces sœurs sont en fait retournées à Montréal, mais ont été remplacées en 1903 par les Filles de Jésus de Kermaria (France) et sont restées à Chéticamp jusqu’à aujourd’hui.

Dans tout son travail, cette âme brave et courageuse avait un but: favoriser l’expansion économique de Chéticamp et permettre à son peuple de vivre plus confortablement et plus humainement. 

Le père Fiset était toujours d’une simplicité proverbiale dans sa personne et dans ses biens. Malgré ses grandes qualités administratives, d’être un meneur et agitateur d’affaires, il vivait à la portée du peuple, avait un merveilleux sens de l’humour et se mêlait facilement aux gens simples et humbles par lesquels il était très aimé.

L’autorité du père Fiset était grande dans la paroisse, non seulement du point de vue religieux, mais aussi des points civils et politiques. Au grand chagrin de nombreux paroissiens, le père Fiset est décédé à l’âge de 69 ans. 

Son testament se lisait ainsi: «Étant sain d’esprit, je souhaite disposer de mes biens de la manière suivante: 1. Annuler toutes les dettes envers l’église Saint-Pierre de Chéticamp, 2. Je confirme le don au couvent des sœurs, 3. Je transfère 5 000 $ au collège à Antigonish, comme paiement pour le logement et la pension des membres de ma famille, et 4. 400 $ pour les âmes au purgatoire.» 

Le reste de ses biens – fermes, magasin, ile de Chéticamp, quais, ainsi qu’une grande somme d’argent – ont été laissés à ses neveux et nièces.

Le corps du père Fiset est enseveli sous l’église Saint-Pierre à Chéticamp. Dans l’église actuelle, une pierre tombale le commémore. Toute l’église est un monument à sa mémoire. 

Mais le plus beau monument de tous demeure dans tout le bien qu’il a accompli et le souvenir durable qu’il a laissé dans le cœur de ses paroissiens.

Il y a eu de nombreux hommes et femmes remarquables qui ont fait partie de notre histoire acadienne, ses misères et ses triomphes. Le père Fiset a été nommé pasteur de Chéticamp en 1875 et y est resté 34 ans, jusqu’à sa mort en 1909. 

Il était sans aucun doute une personne qui a contribué et consacré sa vie à la survie de notre peuple, et à créer un moyen pour que nos ancêtres acadiens établissent une communauté meilleure et plus viable, ce qui se ferait sentir pendant des années à venir.

(L’information pour cet article a été tirée d’extraits du livre, Chéticamp: histoire et traditions acadiennes, par Anselme Chiasson. Ainsi que d’un document, The Acadians of Cape Breton, par Anne Marie Lane Jonah (site web) – Fortress of Louisbourg.)

Type: Récit

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