Type de contenu: Actualité
QUESTION-RÉPONSE:
FT: Pourriez-vous vous présenter en quelques mots?
SB: Je suis un anglophone de souche, un descendant des Planters, installé dans la vallée d’Annapolis depuis le Grand Dérangement. J’ai étudié à l’Université Acadia en histoire et j’ai une maitrise en tant que travailleur social de l’Université Dalhousie. Ensuite, après une autre maitrise en sociologie à Dalhousie, j’ai enseigné cette matière à l’Université de Guelph, en Ontario, avant de travailler dans la fonction publique au ministère du Solliciteur général du Canada. Je travaillais dans une équipe de recherche sur le système de justice pénale, y compris la police. J’occupais une fonction dans un poste bilingue et cela m’a permis d’accéder tout de suite à un programme d’apprentissage de la langue française.
FT: Depuis combien de temps vivez-vous dans la Vallée?
SB: Je suis né dans une famille anglophone à Rivière aux Canards, où j’habitais sur une petite ferme. À ma retraite en 1998, nous sommes retournés à notre province natale, ayant acheté une ancienne maison de ferme située dans la même communauté où j’ai passé ma jeunesse.
FT: Parlez-moi de ce programme d’apprentissage de la langue française que vous avez débuté alors que vous aviez environ 30 ans?
SB: La plupart de mes professeurs de l’école de langue française étaient de l’Université de Montréal ou Laval. J’y ai commencé à apprendre la culture et la langue française. Grâce à mes cinq mois à l’école de langue, j’ai pu poursuivre mon apprentissage en travaillant dans les équipes de recherche avec des collègues québécois. Au début, j’éprouvais beaucoup de difficulté à dialoguer avec eux en français. J’écoutais les émissions de Radio-Canada, je lisais Le Devoir et des romans en langue française.
FT: Est-ce que vous avez utilisé la langue française dans votre profession?
SB: Oui, j’ai eu cette chance d’utiliser le français, même si je n’avais pas planifié cela au début de ma carrière. En tant que chercheur, je faisais partie d’une équipe multidisciplinaire au sein de la justice pénale provinciale et fédérale.
La syndicalisation des policiers au Canada a fait partie d’un de mes dossiers en tant que fonctionnaire. La police communautaire a été une initiative très importante quand je travaillais au Ministère.
FT: Comment votre relation à la langue française a-t-elle évolué entre le passé et aujourd’hui?
SB: Au départ, cela a été pour moi une lente expérience d’apprentissage qui a duré quatre à six mois. En plus des cours, nous avions des présentations avec des journalistes québécois. J’aimais lire Le Devoir quand je vivais à Ottawa. J’adorais écouter l’émission radiophonique Plus on est des fous, plus on lit, animée par Marie-Louise Arsenault. Je m’intéressais aussi aux auteurs classiques européens dont j’ai lu plusieurs livres.
Aujourd’hui, j’écoute la radio en français dans la voiture. Je continue de m’intéresser à l’histoire d’ici – par exemple, la présence des Acadiens en Nouvelle-Écosse.
Je me passionne pour l’histoire du peuple québécois, de son émancipation et ses prises de décisions après la Révolution tranquille et les nombreux changements qui s’en sont suivis.
FT: Si vous pouviez inviter trois figures francophones à souper (vivantes ou décédées), qui choisiriez-vous et pourquoi?
SB: Bernard Pivot, animateur d’Apostrophe. Dominique de Villepin, ministre de Jacques Chirac, qui a livré un discours très éloquent à propos de l’invasion de l’Irak en 2003, serait mon deuxième invité. René Lévesque, journaliste et politicien, avait une chaleur humaine qui me plaisait. Tous les trois partageaient des valeurs semblables en ce qui a trait à la francophonie, ils ont tous une ouverture multiculturelle. Ce serait un souper fort intéressant.
FT: Quels films de langue française aimeriez-vous regarder à nouveau?
SB: Manon des Sources, Jean de Florette et Mon oncle Antoine.
FT: Lorsque vous pensez à l’avenir de la langue française en Nouvelle-Écosse, êtes-vous optimiste, pessimiste, neutre ou indifférent?
SB: Cela m’inquiète beaucoup. Il y a des tendances sociales, comme de ne plus lire de livres. La communication à travers les médias sociaux, et, en plus, les gens ne comprennent pas que, pour vivre pleinement dans notre monde, il faut apprendre d’autres langues.
Après avoir appris le français, je me suis rendu compte que, comme unilingue anglophone, j’étais dans une bulle, qui me séparait de l’expérience, des perspectives et de la richesse d’autres langues et cultures.
FT: Quels conseils donnerais-tu à quelqu’un qui veut apprendre à s’exprimer en français?
SB: Je lui dirais d’écouter Radio-Canada et de s’exprimer en français autant que possible, en dépit de fautes de prononciation et de grammaire!
Lorsque je m’assois en face de mon interlocuteur avec mes questions, je ne sais trop ce que je vais y découvrir. Mon désir de connaitre la personne — son passé, son présent et son futur — me fascine.
Je repars toujours le cœur en fête et la tête remplie de nouvelles questions. Comme je suis reconnaissante de la confiance des gens qui se révèlent tout doucement.
