Type de contenu: Rubrique
Son nom était sur toutes les lèvres lorsque je mentionnais que je suis une Québécoise nouvellement arrivée dans la région. Mon désir de faire plus ample connaissance avec francophones, francophiles et Acadiens m’a amené à participer à des évènements culturels où j’ai finalement croisé Susan pour la première fois.
Les gens avaient raison. Susan est une «bibliothèque vivante»: elle partage son histoire, son expérience ainsi que sa culture acadienne avec nous à travers conversations et écriture.
QUESTION-RÉPONSE
FT: Pourriez-vous vous présenter en trois mots?
SS-D: Acadienne, autrice et artiste.
FT: Quelle langue était parlée chez vous lorsque vous étiez enfant?
SS-D: Le français.
FT: Est-ce que vous vous décrivez comme une francophone, une francophile ou une Acadienne?
SS-D: Je me décris comme une Acadienne, francophone et Canadienne. Cela dépend de la situation et où je suis.
FT: Pourriez-vous me parler de l’éducation scolaire que vous avez reçue?
SS-D: J’étais à l’école dans les années 50, 60 dans le petit village de Ste-Anne-du-Ruisseau, dans la municipalité d’Argyle. J’allais dans une école consolidée, ce qui veut dire que plusieurs étudiants acadiens venaient de villages environnants. Tout le curriculum était en anglais, à l’exception d’un cours de français de base. Nous avions exactement le même enseignement que tous les étudiants du reste de la province. Le manuel utilisé par le professeur était écrit en anglais, il nous traduisait le contenu en français. Nos examens au niveau de la 11e et 12e année étaient en anglais alors que nous fréquentions une école francophone. Nos enseignants, qui étaient Acadiens, n’avaient pas de formation pour enseigner le français.
On nous disait de ne pas parler en français, car «Y a personne qui va vous comprendre». C’est pas le bon français; les Québécois ne vont pas vous comprendre, les Français de France ne vont pas vous comprendre. Le message qui était clairement dit était: «Vous faites mieux de bien maitriser l’anglais, c’est comme ça que vous allez avoir du succès dans la vie».
FT: Quels changements avez-vous observés au cours des quelques décennies en ce qui concerne la langue française dans cette province?
SS-D: Je voudrais mentionner un évènement qui a changé quelque chose pour les francophones hors Québec. La Loi sur les langues officielles au Canada — le français et l’anglais au niveau fédéral en 1969 [ont] donné une légitimité à la langue française. Le français aurait disparu sans cette loi. Par la suite, c’est devenu quelque chose de valorisant de parler français. Ça a changé les emplois, les gens qui parlaient le français étaient plus en demande.
Autrefois, j’étais même surprise lorsque j’entendais parler français de temps à autre. Maintenant, le français est plus présent ici dans la Vallée. Le changement est lent, mais il est présent. Je remarque que la population change. Il y a beaucoup de nouveaux arrivants, des gens qui sont venus d’autres parties du Canada et aussi d’autres parties du monde, qui viennent vivre dans la Vallée.
Ça prend un peu de recul pour voir comment c’était et qu’est-ce que c’est aujourd’hui.
FT: Y a-t-il toujours une gêne associée à s’exprimer dans la langue française en Nouvelle-Écosse?
SS-D: Il y a encore une certaine gêne, car si tu ne parles pas le bon français, ça ne compte pas. Les accents, les expressions et le fait d’être bilingue [font] que c’est fluide entre l’anglais et le français. Les gens de différentes régions parlent acadien, aussi anglais et français en même temps. Pour moi, le plus bel accent est celui de quelqu’un qui apprend le français.
FT: Comment peut-on, selon vous, garder vivante et vibrante la culture francophone? Avez-vous des idées ou des gestes concrets que vous posez vous-même?
SS-D: Parler la langue, pas avoir peur de la parler. La culture acadienne, il faut se la raconter en gardant vivantes nos histoires. C’est important de passer la culture aux générations suivantes.
FT: Que pouvez-vous partager avec nous à propos des Acadiens anglophones?
SS-D: Les Acadiens anglophones sont souvent plus engagés que plusieurs concitoyens acadiens francophones. Ils m’apparaissent plus patriotiques et investis à propos de l’histoire acadienne. Je trouve fascinant de rencontrer des gens qui viennent des États-Unis qui sont à la recherche de leurs ancêtres. Ceux-ci sentent qu’il leur manque quelque chose. Ils ressentent une perte. La langue française, pour plusieurs d’entre eux, a disparu.
FT: Est-ce que vous éprouvez encore des défis lorsque vous vous exprimez en français?
SS-D: À 75 ans, je m’en fous. J’aime la langue de toutes ses façons. Je veux être comprise. Les défis, il y en aura toujours.
Cette magnifique rencontre avec Susan m’a éclairé sur les enjeux linguistiques et identitaires de la communauté francophone/acadienne. Comme plusieurs autres, elle a choisi de réapprendre le français et de faire rayonner sa culture acadienne.
Si le cœur vous en dit, je vous suggère son livre Refuge, publié en 2023.
La page Facebook à Susan: https://www.facebook.com/susan.surettedraper/
Retour en Acadie: https://sites.rootsweb.com/~nsmhs/susan/Retour_en_Acadie_en.pdf
