Vers la fin du 16e siècle, cette baie protégée fut peuplée par des familles acadiennes de Chezzetcook, menacées par l’arrivée des Loyalists de la Nouvelle-Angleterre. Ce lieu aux terres rocheuses, souvent embourré dans la brume lors des longs hivers froids, n’était jamais le plus attirant aux familles fondatrices, mais il offrait de la paix, éloigné des menaces des Anglais d’Halifax.
Notre histoire s’est transmise oralement, puisque la population était analphabète, sans école pour offrir une formation scolaire. Donc, nos histoires d’hivers froids ont toujours été racontées par nos aînés, et certaines étaient plus fiables que d’autres. Comme ailleurs, nos raconteurs aimaient souvent en ajouter afin de rendre leurs histoires plus spectaculaires que d’autres.
Une histoire qui fut répétée par plusieurs raconteurs et raconteuses était celle d’un groupe d’hommes qui traversèrent l’Anse aux Gammons (qui fait partie de la baie) en plein cœur d’hiver. Dans nos jours actuels, cette partie de la baie ne gèle jamais et cette réalité n’a été vue que quelquefois dans notre vie. Lorsque cela arrive, on ne voit qu’une petite « écume » de glace, qui dure très peu de temps.
Les gens de la région décrivent ce phénomène en disant que « la baie a gelaudé ». Dans les années 1920, un groupe d’hommes traversa la baie avec un bœuf et un traîneau chargé d’un moulin coopératif pour scier le bois de feu d’une famille du village de Tor Bay. À la fin de leur journée de travail, ils retournèrent à la baie pour revenir à la rivière. Ils découvrirent que la glace avait complètement disparu, comme si un magicien y était arrivé avec son bâton et, abracadabra, parti !
Aujourd’hui, pour répéter cette expérience, ça nous prendrait plusieurs semaines de -30°C sans cesse. Par contre, le plus froid qu’on a eu cet hiver jusqu’à aujourd’hui est -6°C pour quelques heures. Il serait inimaginable de vivre l’expérience de nos ancêtres.