Type de contenu: Opinion
e PQ avait promis de tenir un troisième référendum sur l’indépendance et, au soir du scrutin, son chef a confirmé cette volonté en précisant qu’il compterait sur le concours d’autres députés indépendantistes (Radio-Canada, 2026b).
Cette analyse exploratoire se demande comment des acteurs médiatiques et institutionnels comme lieux de pouvoir de la francophonie hors Québec ont réagi, dans les deux jours suivant le scrutin, au retour de la question référendaire. Le terme « francophone » y est entendu de façon inclusive : il englobe toute personne ayant un héritage canadien-français, métis ou autochtone.
Le corpus est restreint : un reportage d’ICI Radio-Canada Saskatchewan, un communiqué de la Société nationale de l’Acadie (SNA) et de la Coalition des organisations acadiennes du Québec (COAQ), et la couverture générale du scrutin. Il ne permet pas de généraliser à l’ensemble de la francophonie canadienne. Les perspectives métisses et autochtones, pourtant incluses dans la définition retenue, n’y sont pas représentées; elles constituent une piste de recherche ultérieure.
Le contexte électoral
Les résultats donnent 59 sièges au PQ, 40 au Parti libéral du Québec (PLQ), 19 au Parti conservateur du Québec (PCQ), 9 à Québec solidaire (QS) et aucun à la Coalition avenir Québec (CAQ) (Radio-Canada, 2026b). Le taux de participation s’est établi à 66,90 %, légèrement plus qu’en 2022 (66,15 %) et qu’en 2018 (66,45 %) (Radio-Canada, 2026b). Ces chiffres demeurent provisoires : des dépouillements judiciaires pourraient modifier légèrement certains résultats (La Presse, 2026).
La victoire péquiste repose sur un appui populaire inhabituellement faible. Radio-Canada souligne qu’aucun parti n’avait auparavant accédé au pouvoir avec un score aussi bas, le plancher précédent étant celui du PQ en 2012, avec 31,9 % des voix (2026b). Le PQ aurait obtenu environ 28 % des suffrages. Rapporté à la participation, cela représenterait moins d’un électeur inscrit sur cinq.
Ce résultat s’inscrit dans un contexte de désir de changement après huit années de gouvernement caquiste (Noovo Info, 2026). Il serait donc hasardeux d’y lire une adhésion majoritaire au projet souverainiste; la stabilité du taux de participation ne permet pas, à elle seule, de trancher la question.
Sur le plan parlementaire, le PQ devra collaborer avec les autres formations selon les dossiers (Radio-Canada, 2026a). L’addition des sièges du PQ et de QS donne 68 sièges, soit plus que la majorité de 64; ce calcul est toutefois théorique, car il ne dit rien de la position de QS sur la tenue ou le moment d’un référendum. Le PLQ et le PCQ totalisent pour leur part 59 sièges (Radio-Canada, 2026b).
Le prisme médiatique : ICI Radio-Canada Saskatchewan
Le reportage intitulé « Avec la victoire du PQ, l’idée d’un référendum du Québec inquiète des Fransaskois » recueille surtout les réactions de Québécois devenus Fransaskois d’adoption (Radio-Canada Saskatchewan, 2026). L’un d’eux exprime la crainte que les francophones hors Québec se retrouvent plutôt seuls si le Québec se séparait. Un autre doute qu’il existe au Québec un véritable désir de référendum, estimant que le Canada compte trop pour les Québécois.
Les voix d’experts sont plus nuancées. Frédéric Boily affirme qu’un référendum, même hypothétique, aurait des conséquences et pourrait créer des divisions, tandis que Stephen Kenny, professeur d’histoire émérite à l’Université de Regina, juge que l’élection du PQ n’a pas un impact entièrement négatif sur le reste de la francophonie (Radio-Canada Saskatchewan, 2026).
Ces propos révèlent des sentiments contrastés (inquiétude pour la solidarité linguistique, mais aussi scepticisme quant à la tenue d’un référendum) plutôt qu’une posture unique. Le reportage repose toutefois sur un petit nombre de témoignages dans une seule province : il ne représente pas l’opinion de la francophonie hors Québec.
La posture de la Société nationale de l’Acadie
Le 6 octobre, la SNA et la COAQ* ont indiqué souhaiter poursuivre leur collaboration avec le nouveau gouvernement dans le cadre de l’Entente Acadie-Québec (CIMT Nouvelles, 2026). Éric Dow, président de la SNA, y met de l’avant l’histoire, la langue et les liens partagés, ainsi que la vitalité du français et le rapprochement des deux peuples. L’organisme félicite Paul St-Pierre Plamondon, premier ministre désigné, et le PQ.
*La Coalition des organisations acadiennes du Québec
Le communiqué formule aussi des demandes de reconnaissance : la présence acadienne aux Îles-de-la-Madeleine, en Gaspésie et dans Lanaudière mériterait d’être davantage reconnue, notamment par son intégration au cursus scolaire québécois et par une représentation notoire au Musée national de l’histoire du Québec. Il évoque enfin le Congrès mondial acadien de 2029, qui se tiendra dans la Baie-des-Chaleurs, comme occasion de renforcer ces liens (CIMT Nouvelles, 2026).
Le texte ne mentionne pas le référendum. On peut y lire une prudence diplomatique : la SNA privilégie la poursuite d’une coopération institutionnelle plutôt qu’une prise de position constitutionnelle. Il s’agit toutefois d’une interprétation fondée sur un silence, qu’il faudrait confronter à d’autres déclarations de l’organisme. Cette coopération est d’ailleurs ancienne : l’entente entre le gouvernement du Québec et la SNA existe depuis plus de 20 ans et a été renouvelée le 20 mars 2025, sous le gouvernement précédent (Gouvernement du Québec, 2025).
Les recompositions politiques au Québec
L’élection s’est soldée par l’effondrement de la CAQ, qui n’a fait élire aucun député après huit ans au pouvoir; sa cheffe, Christine Fréchette, a annoncé sa démission (Radio-Canada, 2026a, 2026b). Cet effondrement ne constitue pas, en soi, une recomposition du camp indépendantiste, puisque la CAQ n’était pas un parti indépendantiste. Il soulève plutôt la question de la destination de ses électeurs et électrices, à laquelle les sources consultées ne répondent pas encore.
Il est de même prématuré de conclure à un ralliement de ces électeurs au PQ, ou de décrire les positions de groupes particuliers (par exemple le Cercle des ami(e)s de Bernard Landry) ou des acteurs politiques acadiens du Nouveau-Brunswick : aucune source consultée ne documente ces positions.
Conclusion
Deux jours après le scrutin, les réactions observées dans la francophonie hors Québec sont diverses : inquiétude et scepticisme chez des Fransaskois d’adoption, poursuite de la coopération et demandes de reconnaissance du côté de la SNA et de la COAQ. Ces constats reposent sur un corpus mince et sur un contexte encore mouvant (gouvernement minoritaire, résultats provisoires, promesse référendaire dont le moment reste incertain). Des analyses ultérieures devraient élargir le corpus à d’autres organismes et médias francophones, intégrer les perspectives métisses et autochtones, et mobiliser la littérature sur les rapports entre nationalisme québécois et minorités francophones.
Gilles Couture
Références
CIMT Nouvelles. (2026, 6 octobre). La SNA souhaite poursuivre leur collaboration avec le nouveau gouvernement québécois [Communiqué de la Société nationale de l’Acadie et de la Coalition des organisations acadiennes du Québec]. TVA CIMT-CHAU. https://cimtchau.ca/nouvelles/la-sna-souhaite-poursuivre-leur-collaboration-avec-le-nouveau-gouvernement-quebecois/
Gouvernement du Québec. (2025, 20 mars). Signature d’une entente avec la Société Nationale de l’Acadie [Communiqué de presse]. https://www.quebec.ca/nouvelles/actualites/details/signature-dune-entente-avec-la-societe-nationale-de-lacadie-61670
Noovo Info. (2026, 6 octobre). Le PQ formera un gouvernement minoritaire : 5 points à retenir des élections.https://www.noovo.info/nouvelles/politique/elections-quebec/article/le-pq-formera-un-gouvernement-minoritaire-5-points-a-retenir-des-elections/
La Presse. (2026). Résultats des élections québécoises 2026. https://www.lapresse.ca/elections-quebecoises/resultats-2026
Radio-Canada. (2026a, 6 octobre). Élections au Québec : les faits saillants du lendemain électoral [Couverture en direct]. ICI Radio-Canada Info. https://ici.radio-canada.ca/info/en-direct/1014557/elections-quebec-victoire-parti-quebecois
Radio-Canada. (2026b). Le Parti québécois de PSPP remporte les élections. ICI Radio-Canada. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2290467/election-parti-quebecois-pq-pspp
Radio-Canada Saskatchewan. (2026, 6 octobre). Avec la victoire du PQ, l’idée d’un référendum du Québec inquiète des Fransaskois. ICI Radio-Canada. https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/2291362/elections-quebec-francophonie-politique
