Type de contenu: Critique
«C’est un endroit vraiment unique. Et j’adore montrer au reste du monde nos traditions et nos beaux paysages», exprime la réalisatrice au début de notre rencontre, lorsque nous lui demandons ce qui lui plaît tant à poser sa caméra sur son coin de pays.
Derrière son objectif, et les images qu’elle capture, Jennie Williams aspire ainsi à partager un peu du lieu où elle a grandi, tout en portant son regard sur ceux qui le font exister aujourd’hui. Tel le sculpteur Inuk Billy Gauthier mis à l’honneur dans son dernier court-métrage sur lequel nous avons échangé.
Artiste de renommée internationale, finaliste pour le prix commémoratif Kenojuak Ashevak en 2023, Billy Gauthier est aussi un ami de la cinéaste. Les deux créateurs sont en effet originaires de la même région et se suivent depuis les débuts de leurs carrières.
Ainsi, Jenny Williams raconte que l’opportunité de faire un film sur son camarade s’est présentée alors qu’il menait un projet très spécial pour la Biennale de Bonavista: la réalisation d’une énorme sculpture d’un crâne de baleine.
Dans son documentaire, elle nous le dévoile, en train de donner corps et forme à son œuvre, mais aussi évoluer dans le mode de vie qui est le sien, fidèle aux traditions de sa culture inuite.
«C’était vraiment génial, en fait. Je ne l’avais jamais vu travailler dans son atelier, et je n’étais jamais allée chasser le phoque avec lui auparavant.»
Pour la cinéaste, il importait donc, à travers ses images, de partager ce qu’elle avait découvert en tournant à ses côtés sur leur territoire, et en posant un regard intime sur son quotidien et son activité de sculpteur.
«Beaucoup de gens collectionnent les œuvres de Billy. Il a travaillé partout dans le monde, et je ne pense pas que beaucoup de gens aient vu d’où ça vient, d’où commence son travail.»
Mais également ce qui l’inspire.
Extrait du documentaire.
Car, comme la réalisatrice, Billy Gauthier se montre profondément attaché au territoire du Labrador, ainsi qu’à sa culture et ses valeurs, garant d’un mode de vie traditionnel ordonné autour de la chasse et de la pêche. Des us et coutumes dans lesquels Jennie Williams a aussi grandi, qu’elle était heureuse de retrouver et de pouvoir partager en dressant son portrait.
Tout autant qu’elle l’a été en apprenant et en expérimentant à ses côtés des techniques auxquelles elle ne s’était jamais essayée auparavant, et qui, semble-t-il, l’ont particulièrement impressionnée.
Comme le fait d’avoir dû passer 10 heures, du lever au coucher du soleil, à chasser le phoque au harpon, une arme que les chasseurs modernes utilisent beaucoup moins aujourd’hui, privilégiant le fusil à cet outil ancestral.
De la même manière, elle confie l’appréhension qu’elle a ressentie en accompagnant le sculpteur en motoneige sur l’eau ou encore sa fascination en l’observant faire fondre de la neige dans sa bouche pour la faire ensuite couler dans celle du phoque tué. Un signe de respect envers l’animal sacrifié qui fait aussi partie des coutumes de la culture inuite et qui l’a profondément touchée.
C’est pourquoi, après avoir réalisé ce documentaire, elle espère très sincèrement que «les gens comprendront à quel point il est important de perpétuer les traditions, de respecter la nature et de prendre conscience que nous devons tous apporter notre contribution pour [la] préserver. Et de faire en sorte que tout cela perdure pour les générations futures.»
Un message d’espoir donc, que Billy Gauthier s’attache aussi à retranscrire à travers l’art de la pierre, redonnant souffle, forme et matière à la beauté de la vie, et à tous ceux, êtres, esprits, animaux, qui nous y relient.
