le Dimanche 28 mai 2023
le Mardi 9 mai 2023 11:00 | mis à jour le 9 mai 2023 12:39 Acadie et Francophonie

La francophonie canadienne et l’insécurité linguistique marchent de pair – 4e partie : l’Acadie

Une image de la fête nationale de l’Acadie. 
 — PHOTO - Société Nationale de L'Acadie
Une image de la fête nationale de l’Acadie.
PHOTO - Société Nationale de L'Acadie
Cette série de chroniques sur l’insécurité linguistique dans les francophonies canadiennes tire à sa fin. Après avoir présenté ce phénomène respectivement au Québec, en Ontario français et dans l’Ouest canadien, c’est le tour de l’Acadie où vit une forte concentration de francophones.

Annette Boudreau, une référence en matière de recherche sur l’insécurité linguistique en Acadie. 

PHOTO - Éditions Prise de parole

Si toute la francophonie canadienne connait l’insécurité linguistique, l’Acadie est un cas à part. En dépit du sentiment d’appartenance à la langue française, qui règne dans cette région, force est de constater que des Acadiens font une remise en question de leur manière de parler et croient dur comme fer que seuls les Français peuvent s’exprimer correctement dans la langue de Voltaire. 

La littérature scientifique sur l’insécurité linguistique en Acadie est riche. D’ailleurs plusieurs chercheurs s’y consacrent. Néanmoins, l’un des ouvrages phares qui traitent ce phénomène est À l’ombre de la langue légitime : l’Acadie dans la francophonie d’Annette Boudreau. Dans cet ouvrage, paru en 2016, Boudreau décrit l’insécurité linguistique en Acadie dans toutes ses coutures. L’auteure confirme qu’une honte collective habitait les Acadiens en s’exprimant et que ces derniers ne cultivent pas de l’estime de soi. 

Selon les enquêtes de terrain menées par Boudreau, les jeunes originaires des « milieux minoritaires avaient tendance à dévaloriser fortement leurs pratiques, surtout celles qu’ils étiquetaient comme étant un »mélange de langues » ». 

Isabelle Violette qui, comme Annette Boudreau, est une sociolinguiste acadienne réalisant beaucoup de recherche sur l’insécurité linguistique, a affirmé dans sa thèse de doctorat que « les Acadiens ressentent une insécurité formelle quant à leur variété de français dépréciée de par ses traits archaïques et/ou ses formes mixtes avec l’anglais puisque ceux-ci s’éloignent de la norme légitime reconnue. » 

Dans cette thèse présentée à l’Université François-Rabelais de Tours, en France, Violette a précisé que ce sont les Acadiens de souche qui éprouvent de l’insécurité linguistique en Acadie et que c’est différent pour les immigrants. Selon la chercheuse, pour une grande partie des immigrants, « le français représente une langue d’État, une langue de culture, une langue d’élite dont l’image tend à être valorisée, voire survalorisée. »

Il est utile de mentionner que le chiac fait aussi l’objet d’insécurité linguistique en Acadie, particulièrement au Nouveau-Brunswick. Le chiac est une variété de français parlé dans le sud-est de la province avec un mélange de langues, à savoir le français et l’anglais. 

Selon Tommy Berger, dans une recherche qu’il a réalisée sous le thème Enjeux de nomination à travers les représentations linguistiques du chiac dans le sud-est du Nouveau-Brunswick, la variabilité des représentations du chiac et des idéologies entretenues dans le discours des participants et des participantes à sa recherche semble toutefois être marquée par un sentiment d’insécurité linguistique. Si les locuteurs croient que cette variété est belle et qu’elle reflète même leur identité, ils pensent que « le chiac demeure un français, certes, mais un français »moins bon » que les autres ». 

En dépit de toute forme de discrimination dont le chiac fait l’objet, le film l’Éloge du chiac, paru en 1969, a éveillé une sorte de conscientisation collective chez les Acadiens. Réalisé par Michel Brault, ce documentaire présente des conversations entre une jeune enseignante dans une école française de Moncton et ses élèves. Ce film met en relief les difficultés auxquelles les francophones font face en vue de sauvegarder leur langue qui est en train de se faire ronger jusqu’aux os par l’anglais. 

Somme toute, il y a non seulement de l’insécurité linguistique dans la francophonie canadienne, particulièrement en Acadie, mais aussi il y a une forme d’inégalité sociale existant par l’entremise de l’usage de la langue.