le Mardi 7 février 2023
le Mardi 10 janvier 2023 9:56 | mis à jour le 10 janvier 2023 14:07 Acadie et Francophonie

Acadie, une communauté linguistique distincte

  PHOTO - Nicolas Jean
PHOTO - Nicolas Jean
Par communauté linguistique, il faut entendre un ensemble d'individus qui utilisent la même langue ou le même dialecte afin de communiquer. Selon Leonard Bloomfield dans son livre titré Le langage, paru en 1970, les gens formant une communauté linguistique peuvent parler d’une façon si semblable que chacun peut comprendre l’autre facilement. Bloomfield avance ses idées pour faire savoir que des personnes vivant dans des communautés linguistiques différentes peuvent ne pas se comprendre entre eux.

Plusieurs communautés linguistiques font partie de la Francophonie. S’ils ont tous le français comme langue commune, leurs parlers se diffèrent l’un de l’autre. Je peux citer, entre autres, le français des Acadiens de l’Amérique du Nord, le français cadien en Louisiane (USA), le français guadeloupéen aux Antilles, pour ne citer que ces communautés-là. 

Selon Hadi Dolatabadi, « chaque parler français présente des spécificités faisant preuve non seulement de la culture, mais aussi des traits historico-politiques du pays en question ». En dépit de toutes ses variétés qui ouvrent la voie à la création des communautés linguistiques, le français n’est pas une langue polycentrique, c’est-à-dire une langue qui a des variétés standards. 

Aujourd’hui, l’Acadie est considérée comme un ensemble de communautés de l’Amérique du Nord où vivent les Acadiens. Il recouvre deux pays. Au Canada, il y a des locuteurs dans une partie du Nouveau-Brunswick, quelques localités et des régions du Québec, de l’Île-du-Prince-Édouard et de la Nouvelle-Écosse. Aux États-Unis, il y a le Maine ainsi que la Louisiane où résident les Cadiens qui ont comme ancêtres des Acadiens.  

Ces communautés forment une seule et même communauté ayant le français comme langue. Si les Acadiens font partie des francophones du Canada, il y a des particularités propres à leur langue. Cette communauté acadienne parle « le français acadien ». En un mot, elle forme aussi une communauté linguistique. 

Nombreux sont des francophones issus d’autres communautés qui n’arrivent pas à comprendre facilement le langage acadien. Je vis dans la région acadienne depuis quelque trois mois, certes je commence à m’y adapter, mais le français acadien me donne encore du fil à retordre. C’est le cas de beaucoup de francophones à qui je parle. C’est tout à fait normal, car une fois qu’un étranger est arrivé dans une communauté linguistique, il y a inévitablement de l’incompréhension. Bloomfield en a parlé dans ses réflexions sur la communauté linguistique. 

Si aujourd’hui l’Acadie n’a pas une existence géographique officielle et que sa langue non plus n’a pas un statut officiel, c’est une langue qui évolue progressivement. La région acadienne est aussi représentée sur le plan national et international avec la Société nationale de l’Acadie (SNA). 

Le français acadien est tellement unique qu’il diffère même de celui du Québec. Selon Louise Péronnet, professeure émérite à l’Université de Moncton, sur un ensemble de mots non standards relevé dans un corpus acadien, environ 25 % se trouvent seulement en Acadie, est-il écrit dans son article titré Le français parlé en Acadie. L’auteur a précisé que « sur le plan phonétique et sur le plan grammatical, le parler traditionnel acadien est fortement apparenté au français populaire employé en France au début du 17e siècle, date de l’arrivée des colons français en Amérique du Nord ». 

Je pense que le français acadien devrait être beaucoup plus valorisé, jusqu’à ce qu’il ait une reconnaissance officielle. Cependant, je ne veux pas fouler aux pieds les grands travaux déjà réalisés au profit de cette langue.  Les sociétés acadiennes se développent considérablement et cette langue est en contact avec d’autres langues et d’autres variétés comme l’anglais, le français du Québec, le français de quelques pays d’Afrique, entre autres. 

Autre chose importante à signaler, beaucoup de recherches se font sur cette langue à l’Université de Moncton et l’Université Sainte-Anne, les deux universités francophones de l’Acadie, et sans oublier une kyrielle de recherches effectuée dans des universités au Québec. Tout cela contribue à la valorisation de cette langue. 

D’autres chercheurs dénoncent, d’une façon ou d’une autre, l’insécurité linguistique dont les locuteurs du français acadien font l’objet. Je peux citer Annette Boudreau et son essai titré À l’ombre de la langue légitime, l’Acadie dans la francophonie, paru en 2016.  En dépit de tout, « L’Acadie, c’est un détail » ! 

PHOTO - Jean Junior Nazaire Joinville