le Lundi 29 mai 2023
le Jeudi 5 janvier 2023 7:00 | mis à jour le 5 janvier 2023 8:21 Actualités nationales

Exclusif – Bientôt un lycée français dans les Provinces maritimes

L’ambassadeur de France au Canada et le consul général de France à Moncton et Halifax ont rencontré le ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, Bill Hogan, à Fredericton jeudi 1er décembre. — PHOTO - CGF Moncton / Bruce Marchetti
L’ambassadeur de France au Canada et le consul général de France à Moncton et Halifax ont rencontré le ministre de l’Éducation et du Développement de la petite enfance, Bill Hogan, à Fredericton jeudi 1er décembre.
PHOTO - CGF Moncton / Bruce Marchetti
L’ambassadeur de France au Canada a accordé au Moniteur Acadien une entrevue exclusive dans le cadre de son passage à l’Université de Moncton. Le diplomate a confirmé ce que bien des gens espéraient depuis longtemps : la création d’un établissement d’enseignement français dans la région.

Damien Dauphin – IJL – Réseau.Presse – Le Moniteur Acadien

Michel Miraillet l’a dit d’emblée : sa feuille de route est d’améliorer et de creuser la relation franco-canadienne en évitant plusieurs écueils, l’un d’entre eux étant de ne pas la limiter à la relation franco-québécoise. Non qu’il faille la mépriser ou la diminuer car elle est, dit-il, exceptionnelle de vitalité. Néanmoins, la représentation diplomatique française à Ottawa a désormais un autre intérêt : découvrir « l’autre Canada ». 

« Le président de la République m’a dit « go west », mais cela veut dire aussi « go east » et m’occuper des Provinces maritimes, confie-t-il. Je découvre un terrain tout à fait fertile. Il faut que nous nous prenions tous par la main. Il n’y a pas que le Québec, il y a aussi l’Acadie et, de l’autre côté, le Grand Ouest. Le Canada a des possibilités infinies dont les Français n’ont pas forcément conscience, car ils sont un peu obnubilés par le sentiment que ce pays n’est pas un pays étranger à bien des égards. »

C’est la raison pour laquelle Michel Miraillet a choisi l’Acadie pour son premier déplacement officiel d’ambassadeur de France à l’intérieur du Canada. Avant d’arriver au Nouveau-Brunswick, il a participé à des réunions sur l’archipel français de Saint-Pierre-et-Miquelon qui, rappelons-le, est la porte d’entrée du Canada en France et dans l’Union européenne.

Le diplomate s’aperçoit que les provinces maritimes ne sont plus nécessairement un territoire uniquement agricole et forestier. Il constate qu’il est devenu également un lieu où l’on voit se développer une économie bleue, de l’hydrogène vert, ainsi que des laboratoires orientés vers l’intelligence artificielle ou encore la cyberdéfense. Le potentiel que recèle ce territoire n’a pas échappé à son œil exercé.

« Il y a une nouvelle attractivité et une économie qui se dessinent et il important pour moi qu’à Paris, on prenne conscience de ce dynamisme nouveau », dit-il. 

Les conditions sont donc réunies pour augmenter l’attractivité de l’Acadie auprès des Français qui, jusqu’à présent, limitaient le Canada à l’horizon québécois. Pour ce faire, il faut toutefois que les pouvoirs publics y mettent du leur en renforçant la capacité d’accueil de leur territoire au moyen d’un meilleur parc immobilier et de structures de transport plus performantes.

Le même enseignement qu’en France

De son côté, l’ambassade a pris « le taureau par les cornes » et c’est fort de cette volonté que Michel Miraillet a confirmé la prochaine création, à une date qui reste encore à déterminer, d’un premier lycée français à l’Est de Montréal. Beaucoup d’options sont actuellement sur la table, à commencer par le choix du lieu. 

« Nous avons la détermination d’offrir un établissement scolaire français, pas forcément en territoire francophone mais pour faire rayonner la Francophonie qui, à nos yeux, est un instrument de projection du plurilinguisme. Au-delà de la langue et de la grammaire, c’est une représentation de nos valeurs qui sont déjà très proches de celles des Canadiens. »

L’ambassadeur révèle que des investisseurs sont prêts à mettre entre 25 et 30 millions $ pour financer l’institution. Il lance un appel à la coopération et au soutien des pouvoirs locaux afin de concrétiser ce projet le plus rapidement possible. 

« Je crois qu’il y a une véritable appétence pour cela au Nouveau-Brunswick. Pour moi, c’est un instrument de rayonnement incomparable. Je n’en suis plus au stade de savoir comment je vais faire le premier, mais comment je vais faire le second », ajoute-t-il avec ambition.

Interrogé sur le consulat général dont l’avenir était compromis il y a un peu plus de trois ans, Michel Miraillet l’a qualifié de consulat d’influence. C’est-à-dire qu’il n’est plus le centre de services administratifs à la communauté française qu’il fut autrefois, mais que son rôle est, dorénavant, de prendre le pouls de la province auprès de la majorité et de l’opposition à Fredericton, ainsi que des institutions culturelles et des universités. En clair : il doit être présent partout et montrer que la France est là. Peut-être même recevra-t-il bientôt la visite de l’hôte du palais de l’Élysée.

« Je forme l’espoir que le président de la République sera en Acadie le 15 août 2024, et que ce sera un grand moment », conclut l’ambassadeur.