le Lundi 29 mai 2023
le Vendredi 16 Décembre 2022 7:00 Chroniques

L’idée de Francophonie présentée aux Néo-Écossais (2ème partie)

La présence d'une immigration francophone qui vise à valoriser la francophonie en Nouvelle-Écosse.  — PHOTO(S) - Jean Junior Nazaire Joinville
La présence d'une immigration francophone qui vise à valoriser la francophonie en Nouvelle-Écosse.
PHOTO(S) - Jean Junior Nazaire Joinville
Dans la première partie de cette chronique, parue le 8 décembre, j’avais informé certains lecteurs du Courrier et rappelé aux autres comment la Francophonie a été créée, dans son sens originel avec le géographe Onésime Reclus. J’ai aussi touché au désintéressement de la Nouvelle-Écosse face à une telle structure. Dans la présente chronique, je vais donner, d’une part, d’autres sens que prend la Francophonie au fil du temps et, d’autre part, ce qu’elle peut apporter à un pays ou un territoire qui en fait partie.

Tout d’abord, si pour le géographe Onésime Reclus la Francophonie peut avoir uniquement un sens linguistique et géographique, pour Xavier Deniau dans son livre titré La Francophonie, sorti à Paris en 1983, quatre sens peuvent être attribués au terme « Francophonie ». En premier lieu, un sens linguistique, deuxièmement, un sens géographique, troisièmement, un sens spirituel et mystique et, quatrièmement, un sens institutionnel. 

Dans le premier et deuxième sens, Deniau se retrouve dans les idées de Reclus. Pour les deux auteurs, tous ceux et celles qui parlent français, et l’ensemble des peuples ayant le français comme langue peuvent s’identifier à La Francophonie. Cependant, les aspects spirituels et institutionnels sont importants pour Deniau. 

Parler le français ou grandir dans un pays francophone ne suffit pas. Le sentiment d’appartenance à une même communauté francophone s’avère pertinent pour s’identifier à la Francophonie. C’est le sens spirituel de la Francophonie pour Deniau. Vient en dernier lieu, chez lui, le sens institutionnel. Ce dernier a fait son apparition lorsque Hamani Diori, Habib Bourguiba, Norodom Sihanouk et surtout Léopold Sédar Senghor ont décidé de créer cette organisation géoculturelle qu’est la Francophonie. L’idée de ces pères fondateurs a influencé d’autres personnalités à créer des organisations publiques et privées qui visent à défendre et valoriser la langue et la culture française. 

Aujourd’hui, il n’y a aucun doute que la Nouvelle-Écosse, toute petite qu’elle soit sur le plan géographique, peut s’identifier à la Francophonie à travers ces quatre sens de Deniau. Cette province maritime contient plusieurs milliers de personnes ayant le français comme langue (sens linguistique); elle contient des concentrations géographiques de francophones ou un peuple francophone (sens géographique); elle contient les Acadiens qui ont le sentiment d’appartenance à une même communauté francophone (sens spirituel et mystique); la Nouvelle-Écosse a aussi des organisations publiques ou privées qui visent à défendre et valoriser la langue française (sens institutionnel).

Une pancarte affiché à l’Université Sainte-Anne.

Les avantages que peut apporter la Francophonie à un pays ou un territoire qui en fait partie sont énormes. Selon Virginie Marie dans son article titré De la Francophonie « centripète » à une Francophonie périphérique, la francophonie constitue un microcosme c’est-à-dire un modèle réduit du monde. À rappeler que l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF) couvre cinq continents. 

Dans toutes les activités internationales liées à l’OIF, il y a des représentants des pays de tous les recoins du monde. Ces genres d’activités sont souvent très bénéfiques pour grand nombre de pays ou territoires. Non seulement c’est toujours un moment idéal pour leurs chefs d’État ou gouverneurs de solidifier leurs rapports diplomatiques, commerciaux et culturels avec d’autres pays ou territoires, mais aussi ils leur donnent une visibilité mondiale. 

Aujourd’hui, avec ses multiples entités visant à valoriser la francophonie, la Nouvelle-Écosse est suffisamment autonome pour quelle soit bel et bien représentée dans ces activités de grande envergure. 

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Dans les différents Sommets de la Francophonie, le Québec et le Nouveau-Brunswick sont toujours bien représentés. Ils ont leurs représentants comme le gouvernement fédéral du Canada en a le sien aussi. Dans le dernier Sommet organisé à Djerba en Tunisie les 19 et 20 novembre 2022, Justin Trudeau, premier ministre du Canada, a pu remarquer que l’Acadie avait ses propres représentants. 

Après un tel évènement, aux yeux de Trudeau et de tous les autres chefs d’État ou gouverneurs qui étaient présents, l’Acadie devient un ensemble de communautés à ne pas négliger. La présence de la Nouvelle-Écosse à la Francophonie pourrait donner une visibilité mondiale aux différentes entités qui valorisent la langue française dans cette province. 

Si la Francophonie a toute cette valeur et elle offre des avantages à ses pays membres, est-elle parfaite comme organisation géoculturelle et politique ? Ne fait-elle pas l’objet de critique sur certains aspects ? Ces points seront la toile de fond du troisième et dernier papier lié à ce sujet.