le Mardi 7 février 2023
le Mardi 13 Décembre 2022 7:00 Nos communautés

Noël acadien à Boston

  PHOTO - Gracieuseté (Daniel Robichaud)
PHOTO - Gracieuseté (Daniel Robichaud)
Boston, 1944 - Noël était la saison préférée d'Adolphe Robicheau et la veille de Noël à Beacon Hill était l'occasion où sa préférence pour tout ce qui est acadien était dépassée par son amour des traditions bostoniennes. Après avoir acheté l'ancien manoir Appleton au 54, rue Beacon, en 1943 et y avoir ouvert son studio de ballet, Robicheau a développé un grand intérêt pour les coutumes de Noël de Boston.

Il s’intéresse à l’histoire d’Abigail Browne, The Lights of Beacon Hill, qui raconte quand le pasteur Blackstone a allumé la première bougie de Noël, une tradition qui a commencé à quelques pas de là. Il s’est également inspiré du récit de Ralph Adam’s Cram sur l’assortiment de voisins se réunissant dehors pour chanter des cantiques la veille de Noël, en 1907. Adolphe Robicheau et Arthur Vaillancourt  organisent une fête de Noël presque tous les ans après l’achat de l’immeuble, une tradition qui tiendra pendant plus de trente ans. 

Adolphe Robicheau en 1971.

PHOTO - Harold C Robicheau collection

Les amis fidèles, frères et sœurs, les nièces et les neveux d’Adolphe, les Acadiens de Boston et les Acadiens de passage ont toujours compté la plupart des invités. Les élèves de l’école de ballet ne recevaient pas automatiquement une invitation, mais chacun recevait une carte de Noël. Seulement les cartes destinées aux danseurs de longue durée portaient la notification de ce réveillon.

Chaque fois que le carillon de la porte sonnait, Adolphe se présentait à la tête du grand escalier blanc pour souhaiter la bienvenue aux invités.  Arthur présidait le bol de lait de poule, où il servait chaque verre lui-même.  Les décors n’étaient jamais les mêmes d’une année à l’autre, et beaucoup étaient fabriqués par Adolphe. Il n’y avait jamais de sapin de Noël, à l’exception d’un petit arbre en terre cuite qu’il avait reçu en cadeau.

En début de soirée, la salle de réception et le salon se remplissaient. Les invités faisaient de nouvelles connaissances et réaffirmaient d’anciennes amitiés. Les élèves, les danseurs et les professeurs se souriaient à la vue inhabituelle de leurs camarades en tenue de soirée plutôt qu’en costume de danse. Les sœurs d’Adolphe arrivaient avec leurs maris et disparaissaient dans la cuisine pour déposer leurs plats sur la table du buffet. 

54 Beacon Street Source Historic Beacon Hill.

PHOTO - Gracieuseté (Daniel Robichaud)

À l’annonce du dîner, tout le monde passait à la salle à manger, où un grand tableau de Salomé dominait le mur. L’immense table était illuminée par les candélabres qui se reflétaient sur le service argenté. Un arôme de Pâté à la Râpure et de bon café se mêlait aux plats tandis que les invités circulaient, admirant les peintures et les objets d’art.  Certaines années, Adolphe s’en allait tôt pour assister à la messe de minuit en français, laissant Arthur s’occuper des derniers invités.  

En 1946, à la suite d’un incendie au 54 Beacon Street, la veille même de Noël,  les deux gentlemans ont choisi « juste une fois » de sortir et d’assister aux fêtes des autres. L’activité leur a tellement manqué qu’ils ont décidé de la célébrer ensuite chez eux et en faire une tradition. Et c’est ce qu’ils firent jusqu’en 1976, une tradition interrompue seulement deux fois par les intempéries et un réveillon de Noël organisé à La Vielle Maison en 1969. À l’approche de Noël 1977, ils décident de ne pas organiser de fête. Le couple avait été ébranlé au cours de l’année par le décès inattendu de plusieurs amis qui étaient des habitués de leurs fêtes.

Adolphe Robicheau ne sera plus là pour organiser un réveillon de Noël en 1978. L’atmosphère de ces soirées ne reste donc que dans les souvenirs de ceux qui les attendaient avec impatience, année après année, et qui y assistaient sans penser qu’elles se termineraient un jour, sans cérémonie.