le Mardi 7 février 2023
le Vendredi 9 Décembre 2022 7:00 Éditorial

Peut-on encore sauver le Courrier de la Nouvelle-Écosse ?

Carte d d’identification du congrés Médiarama Canada 2022 — PHOTO(S) - Nicolas Jean
Carte d d’identification du congrés Médiarama Canada 2022
PHOTO(S) - Nicolas Jean
Au moment où je commence à écrire ces lignes, je suis dans l’avion entre Ottawa et Halifax. Fatigué, mais empli de gratitude d’avoir pu assister au premier Médiarama de l’histoire des médias en situation minoritaire, comme le nôtre. Médiarama Canada est un rassemblement de professionnels et de spécialistes du journalisme, de la technologie et des politiques publiques qui se rassemblent pour explorer et mieux définir l'avenir des médias d’information.

Ce fut une grande réussite de bout en bout avec deux journées bien remplies d’une grande richesse et d’une logistique parfaite. Il s’agissait d’une occasion unique de rencontrer ses pairs des quatre coins du Canada, s’inspirer et en inspirer d’autres et repartir avec de l’énergie pour (ré)imaginer le futur de notre média. Chapeau bas à Réseau.Presse et à son équipe pour ce tour de force. On espère que cette première édition est la première d’une longue série. 

Lorsque j’ai commencé au Courrier en mai dernier, le journal était dans une situation bien critique. De mois en mois, les choses vont mieux, mais la route est longue et nous ne pouvons pas encore crier victoire. Après avoir eu la chance de discuter avec la majeure partie des leaders des médias en situation minoritaire au pays, voici mes trois apprentissages clés, si l’on veut sauver le Courrier.

1 : sans appui de sa communauté, un média en situation minoritaire est mort

C’est la clé du succès. Un média n’a d’autre raison d’être que la communauté qu’il dessert. Si le monde n’embarque pas dans ce qui doit devenir un projet collectif, aucune chance de survie. C’est aussi simple que ça. 

Des médias ayant réussi cet apprentissage clé, comme l’Aurore boréale au Yukon ou encore La Liberté au Manitoba, en sont la plus belle démonstration. Si nous recevons souvent des commentaires favorables de la part des membres de la communauté acadienne et francophone de la Nouvelle-Écosse, nous devons également composer au quotidien avec des critiques passives-agressives souvent injustifiées, parfois violentes. Le Courrier est trop souvent tenu pour acquis alors que c’est loin d’être le cas. Mon rôle est de garder l’équipe motivée malgré ces commentaires, car nous croyons fort à notre succès et à notre impact auprès de la communauté. 

Soutenir son média, ce n’est pas seulement payer son abonnement ou acheter de la publicité. C’est aussi avoir le réflexe de faire appel à ses services et à son expertise en matière de communication et création de contenu. Tous les médias ayant réussi sont plus que des journaux aujourd’hui; ils sont devenus des experts de la création de contenu au service de leur communauté.

Enveloppes de la campagne de réabonnement 2023

2 – il faut être patient

Quand un journal a su redresser la barre, cela ne s’est pas fait du jour au lendemain. « Rome ne s’est pas faite en un jour », comme on dit. Il faut des années. C’est un marathon et non un sprint. La difficulté aujourd’hui pour Le Courrier, c’est de devoir courir ce marathon comme un sprint. Il y a beaucoup à faire pour rattraper le retard pris dans les dernières années pour se mettre à jour de ce que requiert un média en 2022. 

3 – il faut entreprendre

La passion du journalisme et de la création de contenu de qualité est le cœur de notre métier, mais cela ne suffit pas. Il nous faut aussi développer une passion entrepreneuriale, prendre des risques, développer des initiatives nouvelles, développer un réseau, nous tromper, recommencer… 

Médiarama avait souvent des allures de congrès d’affaires, et c’est normal. Piloter un média, c’est souvent deux décisions de gestion à la seconde, des tentatives, des idées à mettre sur pied rapidement, des solutions à trouver au quotidien et rapidement. Il faut prendre des risques et être créatif. Il faut aussi être polyvalent et ne pas hésiter à mettre les mains dans le cambouis. Au moment où je termine d’écrire ces lignes, j’ai encore 700 lettres de réabonnement à mettre sous enveloppe. Lorsque l’on entreprend, on est pas juste la fonction pour laquelle on a été recruté; on doit être polyvalent et ne pas avoir peur des journées de 15 heures.

Bien entendu ces trois apprentissages ne vont pas l’un sans l’autre. Si l’on veut pouvoir entreprendre, il faut compter sur la patience et le soutien de sa communauté. Ce n’est pas linéaire, c’est un cercle qui devient vertueux si l’on met toutes les chances de notre côté. 

Alors, pour répondre à la question posée en début d’édito, bien entendu que oui. Le Courrier de la Nouvelle-Écosse peut encore être sauvé et il doit être sauvé. Il en va de l’intérêt et de la survie des communautés auxquelles il s’adresse. Ce n’est pas seulement le directeur général qui parle dans cet édito, c’est aussi le citoyen. Un citoyen profondément touché par le destin des communautés acadienne et francophone de la province avec lesquelles il est en contact tous les jours au côté d’une équipe passionnée.   

Cependant, cela ne peut pas se faire seul. Un média, c’est un défi collectif qui prend les soutiens et les efforts de tous. La réussite d’un média comme Le Courrier n’est autre que le miroir de sa communauté. 

Si la communauté y croit, il survivra. Si la communauté n’y croit pas, il mourra, tout comme les centaines de médias ayant fermé leurs portes ces dernières années au Canada.