le Mardi 7 février 2023
le Jeudi 1 Décembre 2022 7:30 Acadie et Francophonie

La dépossession de la langue française dans les pays francophones : une situation flagrante

Le drapeau de la francophonie — PHOTO - Oleksii - stock.adobe.com
Le drapeau de la francophonie
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Selon les dernières statistiques de l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), publiées le 21 novembre 2022, le français est la langue officielle de 32 États et la 5e langue ayant le plus grand nombre de locuteurs dans le monde après l’anglais, le mandarin, l’hindi et l’espagnol. La langue française est la seule, avec l’anglais, qui est parlée sur les cinq continents.

Selon ces mêmes données, plusieurs centaines de millions de personnes vivant sur la terre parlent le français. Ces chiffres exorbitants, voire mirobolants, enlèvent le français dans son piédestal. Ce qui m’intrigue, après avoir vu ces données statistiques, c’est la réalité sociolinguistique des pays dits francophones. 

Dans certains pays francophones, le français se baigne dans une diversité linguistique. Dans d’autres, il est une langue minoritaire qui est en train d’être rongée par une autre langue qui est majoritaire, nationale ou régionale. Mis à part la France et le Monaco où le français est la seule langue officielle, dans beaucoup d’autres pays francophones, le français est une langue à partir de laquelle on ne peut nullement identifier la masse populaire, malgré son statut officiel. C’est une langue que beaucoup de gens qui sont considérés comme francophones ne possèdent pas en réalité. 

La carte du monde

PHOTO - www.francophonie.org

Je trouve pertinent à signaler que presque tous les francophones qui sont nés et ont grandi hors de la France sont bilingues, voire plurilingues. Ce qui est évident, car leurs pays connaissent au moins une autre langue après le français. Le Monaco, qui pourrait seconder la France comme pays qui n’a qu’une seule langue, n’a pas trop de poids dans la balance, car il contient à peine 39 000 habitants sur 2 km2. Il n’est qu’un petit coin de la France. 

L’Afrique, qui pourrait être considérée comme un bastion de la francophonie avec plus de 18 pays francophones, est plutôt le bastion du multilinguisme. Certes, plus que 60% de francophones dans le monde se trouvent en Afrique, selon les données statistiques de l’OIF. Néanmoins, le nombre de langues utilisées sur ce continent est généralement estimé à environ 2 000. 

La République Démocratique du Congo (RDC) est le deuxième pays du monde après la France, avec le plus grand nombre de francophones. Cependant, en RDC, on parle environ 400 langues et dialectes confondus. Elle est l’un des pays les plus multilingues de toute l’Afrique. Donc, il n’y a aucun doute qu’en Afrique, en général, le français se trouve noyé dans un multilinguisme. Lequel met les francophones dans une situation de dépossession de la langue française. 

En Amérique, le français est présent dans plusieurs pays ou territoire, dont le Canada et l’Haïti comme les plus significatifs en terme démographique. En Haïti, selon l’article 5 de la constitution, la langue commune n’est que le créole. Le français y est une langue de prestige social parlée par une minorité de la population. Quant au Canada, le français est une langue minoritaire. 

Le Québec résiste pour que le français lui soit toujours l’unique langue. Toutefois, depuis quelques années, l’anglais exerce une influence importante sur le français sur ce territoire. C’est une situation flagrante qui fait couler de l’encre dans les médias. Canada : au Québec aussi, la langue de Molière recule au profit de l’anglais, tel a été le titre d’un article publié le 19 août 2022 par France 24. Le déclin du français inquiète de plus en plus au Québec, est le titre d’un article publié dans Le Journal du Québec le 9 novembre 2020. En dépit de tout, le français reste et demeure la langue officielle du Québec avec plus de 7 millions de locuteurs.

La dépossession de la langue française dont je parle dans les pays francophones peut être un sentiment ou une réalité. Un sentiment pour les locuteurs qui se sentent dans une situation d’insécurité linguistique. Nombreux sont des locuteurs qui ont la crainte de ne pas parler le bon français. Ils craignent de prendre la parole en public. Cette situation est flagrante surtout dans des zones qui connaissent des variétés régionales du français. 

Dans son livre titré À l’ombre de la langue légitime, Annette Boudreau soutient que « ce sentiment de dépossession linguistique que peut ressentir un groupe de locuteurs ou un individu est relié à des facteurs historiques, sociaux et politiques ». 

Cette dépossession est aussi une réalité dans les pays où le français est minoritaire. Dans son article titré Les défis de la diversité culturelle et linguistique en francophonie, Trang T. H. Phan a affirmé que « les habitants des pays francophones ne sont pas tous des parlants français ». Aujourd’hui, nombreux sont des Canadiens, Haïtiens, Africains, etc. qui sont nés et ont grandi dans leur pays qui est francophone, mais ne possèdent nullement le français. 

Somme toute, cette clarification s’avère indispensable en raison d’une certaine négligence toujours portée à la réalité sociolinguistique des pays francophones.  Si le français est réellement présent sur les cinq continents et qu’il est effectivement la langue officielle de 32 pays, cette langue ne constitue aucunement le réel symbolique de l’identité sociolinguistique des locuteurs de tous ces pays.