le Mardi 7 février 2023
le Mardi 29 novembre 2022 7:00 Acadie et Francophonie

Parler avec confiance : un projet universitaire pour dénoncer la discrimination langagière

  PHOTO - Marcos Luiz Photography (Unsplash)
PHOTO - Marcos Luiz Photography (Unsplash)
Commentaires désobligeants, ridiculisation, et exclusion. Lorsque la langue est une source de discrimination, les entraves se multiplient. C’est le constat des fondatrices de Parler avec confiance, projet qui a comme mission de dénoncer les inégalités langagières dans notre société.

Jean-Philippe Giroux – IJL – Réseau.Presse – Le Courrier de la Nouvelle-Écosse

Parler avec confiance (PAC), l’un des volets des Chantiers d’actions et de recherches pour des Ffrancophonies inclusives (CARFfI), a planifié une vidéoconférence pour sensibiliser les participants aux discriminations langagières. 

Toutefois, l’événement a été repoussé à une date ultérieure, puisque l’invitée d’honneur, professeur et linguiste Philippe Blanchet était malade. 

Andrea Burke-Saulnier, professeure adjointe au Département des sciences de l’éducation à l’Université Sainte-Anne.

PHOTO - Jean-Philippe Giroux

Andrea Burke-Saulnier, professeure adjointe au Département des sciences de l’éducation à l’Université Sainte-Anne (USA), est l’une des fondatrices de PAC. Elle devait animer la conférence et faciliter des discussions avec ses élèves pour souligner divers enjeux linguistiques à travers le monde. 

Une grande partie de la recherche à Mme Burke-Saulnier est centrée sur les effets de la discrimination langagière sur les personnes en apprentissage, notamment les francophones en milieu minoritaire. 

Dans sa salle de classe, il est défendu d’utiliser les mots « bon français ». 

« J’essaie de développer un niveau de conscientisation qu’il y a différents [types de] français qui existent et que ce n’est pas juste en français, précise-t-elle. C’est un phénomène qui existe dans d’autres langues. »

Le moment déclencheur

Avant d’être professeure à l’USA, Mme Burke-Saulnier a enseigné les sciences humaines et l’anglais à des élèves francophones du secondaire. 

À travers ses rétroactions avec les jeunes, elle a remarqué une tendance inquiétante : ils ressentaient de l’insécurité linguistique, tant en français qu’en anglais. 

Le moment tournant dans sa carrière a été une interaction avec l’une de ses élèves qui lui a dit avec frustration et découragement qu’elle parle et écrit mal, peu importe la langue. 

Cette expérience a été un choc pour l’enseignante. « Si un jeune pense qu’il parle mal dans sa langue maternelle, la première langue qu’il apprend, il faut que ça ait une influence sur la façon dont il se sent », déclare-t-elle. 

Mme Burke-Saulnier se demande si cette insécurité linguistique pousse des jeunes à aller vers la langue majoritaire. 

D’après les données de l’étude pancanadienne RÉCIF-SRIFS sur la rétention scolaire en immersion française et en milieu minoritaire francophone, le nombre d’élèves de la 1re année inscrits en 2016-2017 dans un programme en français était de 43 138. En 12e année, il y avait 13 337 personnes. 

Quelle est la glottophobie ? 

Andrea Burke-Saulnier explore le concept de la glottophobie, terme qui désigne l’ensemble des discriminations liées à la langue, pour étudier les manières dont l’accent et le dialecte servent de barrière à l’emploi et à l’intégration sociale. 

C’est un mot qui a été popularisé par le linguiste français Philippe Blanchet, auteur du livre Discriminations : combattre la glottophobie. 

« Des personnes sont discriminées, jugées, humiliées et ont une perte de l’estime de soi parce qu’on n’accepte pas la façon dont elle parle ou la langue dont elle parle », affirme l’auteur lors d’un entretien à TV5 Monde. 

En parlant davantage de la glottophobie, Mme Burke-Saulnier souhaite que la société puisse reconnaître ces inégalités et trouver des solutions. 

En 2018, la Fédération de la jeunesse canadienne-française a dévoilé sa Stratégie nationale pour la sécurité linguistique (SNSL) ayant pour but d’offrir des outils aux entreprises, écoles et organismes afin de former des locuteurs plus résilients.

Le plan stratégique inclut un volet sur la représentation de la diversité linguistique dans les médias francophones. 

Selon les données de la SNSL, l’insécurité linguistique se vit surtout dans la communauté et au travail, mais également à l’école, à la maison et sur les réseaux sociaux.