le Samedi 3 Décembre 2022
le Vendredi 25 novembre 2022 7:00 Chroniques

Du Cameroun à la Nouvelle-Écosse, la belle traversée de Désiré Nyela

Professeur Nyela en train de signer un lire dans son bureau.  — PHOTO(S) - Jean Junior Nazaire Joinville
Professeur Nyela en train de signer un lire dans son bureau.
PHOTO(S) - Jean Junior Nazaire Joinville
De Cameroun, son pays natal, en passant par Paris, où il a fait son Diplôme d’études approfondi (DEA) et son doctorat, puis Montréal où il a travaillé à l'Université TÉLUQ, Désiré Nyela s’est vu atterrir en Nouvelle-Écosse en 2008. Il a fait une belle et longue traversée de trois continents. Et maintenant, dans cette province maritime, il vient de pondre son ultime ouvrage titré Les littératures de la traversée.

Le titre du livre n’a rien à voir avec son parcours, mais « traversée » est un concept que l’auteur utilise pour essayer de voir comment, dans cette dynamique de la mondialisation, des littératures essaient de ruser avec les institutions pour pouvoir exister.   

Par traversée, il faut entendre l’action de traverser, de faire une route qui peut être dangereuse ou difficile. Par exemple, la traversée d’un désert, la traversée d’une rivière… Mais l’auteur utilise son concept afin de montrer les difficultés qu’ont connues des auteurs au cours de leur chemin en raison de leurs origines, leur langue… 

M. Nyela est professeur titulaire au Département d’études françaises de l’Université Sainte-Anne (USA). Il a eu son doctorat en stylistique de l’Université Paris-Sorbonne (Paris IV). Il est un professeur-chercheur qui porte la Francophonie dans l’âme. 

Ses intérêts de recherche portent d’abord sur la sémiostylistique, ensuite sur les littératures francophones, à savoir l’Afrique, le Maghreb, les Caraïbes et l’Europe, et enfin les littératures populaires comme le roman policier, le roman d’espionnage et le roman sentimental, pour ne citer que ceux-là. 

Le dernier ouvrage de M. Nyéla fait couler l’encre. Inspiré par l’article Les littératures de l’exiguïté de François Paré, le chercheur propose le concept de littératures de la traversée comme un possible dépassement de l’exigüité. Si Paré pense que les littératures francophones ont connu beaucoup de contraintes, avec son concept de l’exiguïté, M. Nyela, avec le sien, met l’accent sur la traversée des champs littéraires. Autrement dit, les succès connus en dépit des contraintes et des inégalités.  

Professeur Nyela dans une salle de classe au campus de l’Université Sainte-Anne, à la Pointe-de-l’Église.

Les littératures de la traversée, selon l’auteur, entendent circonscrire les littératures du Sud, notamment les littératures francophones dans des pays sous-développés où il n’y a pas de grandes infrastructures. C’est un concept que l’auteur articule en trois dimensions, d’où le terme Littératures en 3D : la déterritorialisation, la dénationalisation et le désir d’altérité. 

L’auteur explique le premier concept, soit la déterritorialisation, pour montrer non seulement que ces littératures valorisent la langue française, une langue héritière de la colonisation, mais aussi les littératures des pays du Sud qui se développent dans d’autres territoires, et non ceux de leurs auteurs, faute d’infrastructure culturelle. 

Pour lui, nous avons affaire à une double déterritorialisation croisée. Le concept de la dénationalisation est le fait que ces littératures appartiennent à une langue et non à une nation. Ce sont donc des littératures transnationales. 

Enfin, le concept du désir d’altérité, c’est le fait qu’au centre de ces littératures se trouvent des auteurs d’ailleurs qu’il faut aller conquérir à partir des stratégies. Soit une stratégie d’exotisation, soit une stratégie d’universalité. 

L’exotisation est un changement de contexte ou un processus de construction géographique de l’altérité propre à l’Occident colonial. Des lecteurs des pays occidentaux se voient fascinés de la littérature du Sud quoiqu’elle vienne de l’extérieur. 

D’après M. Nyela, dans une entrevue qu’il a accordée au Courrier, son dernier ouvrage à des apports considérables à la Francophonie.  

« Mon ouvrage ayant pour titre Les littératures de la traversée ambitionne de renouveler la pensée de la francophonie à partir de l’expérience linguistique de l’écrivain francophone, a-t-il précisé. Ledit ouvrage permet aux lecteurs de comprendre la littérature francophone du Sud ». 

L’auteur soutient qu’il y a beaucoup d’inégalités entre les littératures dans le Nord (des pays occidentaux) et celles du Sud. « Dans mon ouvrage, je montre comment les littératures du Sud réussissent à se faufiler pour exister dans le commerce mondial de littérature. » a-t-il conclu. 

M. Nyela et l’auteur Danny Laferrière sont taillés dans le même tissu. Il est important à rappeler que M. Laferrière est un grand écrivain canadien d’origine haïtienne qui, depuis 2013, est membre de l’Académie française.  

« Danny Laferrière est un écrivain que j’affectionne en raison de sa philosophie de la littérature, a déclaré M. Nyela. Il conçoit l’écrivain d’abord comme un lecteur. Dans son livre titré, Je suis un écrivain japonais, sa philosophie de la littérature, son ambition d’universalité de la littérature apparaissent de façon éclatante. » 

Au même titre de M. Laferrière qui croit n’appartenir à aucune nation, M. Nyela se considère comme un citoyen du monde.  Selon lui, les origines ne sont que des fictions. Le chercheur d’origine camerounaise a tellement affectionné et lu M. Laferrière tant et si bien qu’il souhaite visiter Haïti et surtout Petit-Goâve, la ville natale de l’académicien.  

L’auteur du livre Les littératures de la traversée est aussi un père de famille qui inculque des valeurs morales et intellectuelles à ses cinq enfants.  Certains d’entre eux, comme leur père, s’adonnent à la recherche. 

Sa première enfant est en train de se lancer dans un doctorat en communication et culture à l’Université York, à Toronto. Comme dit l’adage, aux âmes bien nées, la valeur n’attend point le nombre des années ! 

Le deuxième étudie les réalisations audiovisuelles à l’Université de Montréal. Sa dernière enfant a décroché son diplôme en administration des affaires à l’Université Sainte-Anne (USA). Elle travaille maintenant à Montréal. 

La quatrième étudie actuellement la médecine à l’Université de Sherbrooke, après avoir décroché un diplôme préparatoire en science de la santé à l’USA. 

Le dernier est en train de boucler ses études à l’USA pour décrocher un diplôme préparatoire en science de la Santé. Il souhaite aussi étudier la médecine dans un avenir très proche.

Les littératures de la traversée est disponible dans bon nombre de librairies en France comme au Canada. Un lecteur qui s’en est intéressé peut aussi le commander sur différentes plateformes d’achat en ligne. 

Outre le présent document, de nombreux articles et travaux parus dans des ouvrages collectifs, M. Nyela est l’auteur de Lignes de fronts : le roman de guerre dans la littérature africaine et de La Filière noire : Dynamiques du polar « made in Africa ».