le Samedi 3 Décembre 2022
le Mardi 22 novembre 2022 13:00 Chroniques

« D’où est que tu vone » ?

Omer Boudreau, originaire de Chéticamp, à Orléans. — PHOTO - Lucien Comeau
Omer Boudreau, originaire de Chéticamp, à Orléans.
PHOTO - Lucien Comeau
Lorsque vous êtes loin de chez vous, avez-vous envie d'y retourner à la moindre occasion ? Certains d'entre nous sont partis à l’aventure ou, par nécessité, ont déménagé pour le travail. Que vous soyez aussi près qu’Halifax, si loin que Vancouver ou sur un autre continent, tout le monde cherche un lieu d’appartenance. Certains d'entre nous s’identifient à sa manière aux éléments qui nous permettent de rester connectés à notre ville natale.

Lors d’une visite à Ottawa, le 26 octobre, j’ai eu l’occasion de rencontrer des Acadiens, qui ont déménagé ici par choix ou par nécessité, pour leur parler de la nostalgie de leur patrie. 

Peu importe d’où nous venons, nous avons tous dans le cœur un sentiment profond d’appartenance à notre village ou la ville où nous avons grandi. Cette chanson, Vivre à la Baie, est une chanson qui nous rappelle de notre foyer d’origine, peu importe la distance et le nombre d’années qui nous en séparent.  

Oui, lorsque le monde te demande « d’où-est que tu vone (viens) », la réponse se trouve le plus souvent là où vivent nos cœurs et nos souvenirs d’enfance où nous avons grandi, au bord de la mer, ce qui nourrit notre cœur et notre esprit. Ceci inclut la famille et les amis, les célébrations, la cuisine locale et les soirées musicales.

Vivre à la Baie

J’sais point kosse qu’on est, v’là que j’mennuie à soir
J’rêve à la Baie, mais j’ai du ch’min à faire
J’veut m’en aller, vivre à la Baie
dans l’fond des bois, c’est là qu’jveut m’installer
J’y resterai, l’restant d’ma vie
you’s’qui fais beau, à la baie Sainte-Marie.

Des fois qu’ça m’prends d’partir à l’aventure,
si havais l’choix, tu l’sais j’men irais pour sur

La baie Sainte-Marie, c’est mon p’tit coin d’pays
Ça vaut la peine de l’voir, allons-y.

– Le groupe 1755

Lottie Theriault, originaire de l’Anse des Belliveau, à Gatineau.

PHOTO - Gracieuseté

Pour Lottie Thériault, originaire de L’Anse des Belliveau, qui vit à Gatineau depuis plus de 30 ans, c’est un besoin de faire un pèlerinage chez elle chaque année.  Entre mes visites, je lui ai demandé comment elle soulage son mal du pays. Je lui ai aussi demandé ce qui lui manque le plus. 

Lottie me raconte : « La mer, ses vagues et l’odeur de l’eau salée avec les couchers de soleil.  Je m’apaise souvent avec mes chansons préférées qui me font penser à la Baie Ste Marie. Mon numéro 1 est Vivre à la Baie du groupe 1755. Ensuite, c’est M’en allant par Saulnierville Station a 100 miles à l’heure de Kenneth Saulnier et le numéro trois est une chanson qui me rappelle mes racines acadiennes, la belle chanson Évangeline. La Baie Ste Marie a beaucoup de grands musiciens comme Grand Dérangement, Radio Radio, Cy et P’tit Belliveau. J’aime aussi passer du temps avec ma mère qui est très active dans mon village et chaque année, elle passe quelques mois chez moi. La Baie sera toujours un endroit spécial pour moi. Chaque année, je fais un arrêt à Grand-Pré pour marcher le long des digues, pieds nus dans la boue fertile, en souvenir de ses racines et de ses ancêtres acadiens. » 

Pour sa part, Omer Boudreau, originaire de Chéticamp, qui a vécu à Ottawa plus longtemps que dans son village de naissance pour poursuivre sa carrière, ajoute : « N’étant pas à Chéticamp, j’ai besoin de m’entourer de choses qui me permettent d’y repenser et de m’en souvenir. C’est une question de cœur et d’amour qui me rapproche de mon chez-nous.  J’ai une peinture de l’église Saint-Pierre et un verre avec le logo de la taverne Doryman, où j’ai eu l’occasion de jouer de la musique chaque fois que je le pouvais. Chaque été, ma famille et moi descendons à Chéticamp quand il fait beau. Là-bas, que ce soit à la coopérative, dans un restaurant ou à la taverne, je connais tout le monde. Pas besoin de se présenter parce que le monde me connait.  C’est ce qui me manque le plus.  En attendant, je continue à entretenir les contacts avec mes amis de la région via les réseaux sociaux pour voir ce qui se passe et [je lis] le Courrier. »

La question qui est souvent posée à tous nos amis éloignés, c’est : « voulez-vous y retourner pour de bon ? C’est une réponse affirmative. Malgré cela, beaucoup me disent dans le même souffle qu’il y a des choses qui compromettent ce rêve. Mes enfants, petits-enfants et beaux-parents vivent d’ici, j’ai de bons amis ici, mon partenaire a un bon emploi et il y a plus de possibilités d’emploi ici que chez-moi, l’accessibilité des services de soins médicaux, d’activités sociales, etc.  

Ils parlent également de la façon dont les choses ont changé depuis leur départ et du fait que beaucoup de leurs amis d’enfance ne sont plus dans la région. En effet, le monde continue de changer et la nostalgie du passé nous manque.  

Cependant, ils insistent sur le fait qu’ils profitent de toutes les occasions possibles de revenir chez eux, selon leurs moyens. L’été devient une sorte de pèlerinage annuel pour plusieurs. Des retrouvailles de souper familial et amical. Un bref temps avec l’espoir d’y rester un peu plus longtemps, une fois qu’ils prennent leur retraite.  D’autres y retournent pour les célébrations comme les mariages, anniversaires, festivals, fêtes de Noël ou même les célébrations de vie avec qui nous avons connu. 

En effet, chacun de nos amis emporte avec eux des choses qui continuent à nourrir leurs émotions, en d’autres mots qui rechargent leurs batteries jusqu’au prochain retour. 

De retour chez nous, nous retrouvons nos racines linguistiques et l’accent local qui nous donne un sentiment d’identité et d’appartenance.

La baie Sainte-Marie, c’est mon p’tit coin d’pays

Ça vaut la peine de l’voir, allons-y.