le Samedi 3 Décembre 2022
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Que retenir du 20e congrès du Parti communiste chinois ? (1ère partie)

Le dirigeant chinois Xi Jinping lors du sommet de 2015 du groupe BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), tenu à Oufa (Russie). — PHOTO - Wikimedia
Le dirigeant chinois Xi Jinping lors du sommet de 2015 du groupe BRICS (Brésil, Russie, Inde, Chine et Afrique du Sud), tenu à Oufa (Russie).
PHOTO - Wikimedia
Fort de près de 100 millions de membres, le Parti communiste chinois est le plus vaste parti politique au monde et, sans doute, l’organisation la plus puissante de notre époque. À son sommet trône un homme : Xi Jinping, qui vient de s’assurer un troisième mandat en tant que secrétaire général, et donc en tant que dirigeant de la Chine, à l’issue du 20e congrès national du PCC qui s’est déroulé à Beijing du 16 au 22 octobre.

Cette grand-messe quinquennale, tenue pour la première fois à Shanghaï en 1921, représente la plus haute instance du parti, du moins en principe. Il y a beaucoup de raisons, au Canada et ici même en Nouvelle-Écosse, de nous y intéresser.

La République populaire de Chine (RPC), on le sait bien, est le pays le plus peuplé du globe, avec 1,42 milliard d’habitants, bien qu’étant talonné par l’Inde. Depuis quelques années, elle s’est hissée au rang de deuxième puissance économique mondiale, derrière les États-Unis et devant le Japon. 

Arrivé au pouvoir en 2012, Xi Jinping est animé par l’ambition de projeter la nation chinoise dans un avenir glorieux, celui d’un « rêve chinois » s’appuyant sur un programme nationaliste d’unité idéologique, de prospérité économique et d’hégémonie au sein de l’ordre international.

Pour y parvenir, Xi impose son autorité d’une main de fer. Le congrès de la semaine dernière, qui réunissait 2 296 délégués dans l’enceinte du palais de l’Assemblée du Peuple, dont les 205 membres du comité central du PCC, aura consacré son règne sans partage. Ce troisième mandat rompt avec une tradition, instaurée dans les années 1980, d’une limite de dix ans à la tête du parti. 

Un centre de dépistage de la COVID-19 pendant une période de confinement à Hong Kong où, comme ailleurs en Chine, la politique « zéro COVID » est appliquée avec rigueur.

PHOTO - Voice of America

Soulignons que l’homme fort de la Chine cumule en fait trois rôles clés : en plus du poste de secrétaire général, il exerce également la présidence de la Commission militaire centrale du Parti communiste chinois, autrement dit commandant des forces armées, tout en étant président de la RPC depuis 2013.

Il est à peu près certain que Xi sera reconduit dans cette dernière fonction en mars prochain, d’autant plus qu’un amendement constitutionnel de 2018 lui permettrait de rester président à vie.

Cette concentration dictatoriale du pouvoir se confirme par la composition du nouveau Comité permanent du bureau politique du PCC. Les sept membres de cette instance suprême appartiennent désormais à la faction des loyalistes de Xi.

Il est convenu que Xi est le plus important chef d’État de son pays depuis Mao Zedong (1893-1976), le légendaire dirigeant de la révolution communiste et le fondateur de la République populaire, proclamée en 1949.

D’ailleurs, à l’instar de Mao, Xi Jinping construit son culte de la personnalité, notamment en faisant entrer dans la constitution chinoise sa propre philosophie politique, que tous les membres du PPC doivent étudier sur une base quotidienne afin de garantir leur conformité absolue à l’idéologie officielle.

La grande ironie de son approche, c’est que Xi a beaucoup souffert sous le régime de Mao. Né en 1953 dans une famille très proche du pouvoir, il a vécu la disgrâce politique de son père, pourtant un ancien combattant de l’armée révolutionnaire et un haut responsable du PCC, avant d’être lui-même exilé à la campagne pendant la Révolution culturelle, c’est-à-dire la campagne brutale pour purger la société chinoise de tous les éléments antimaoïstes. 

Aussi étrange que cela puisse paraître, la foi du jeune Xi Jinping dans le Parti communiste s’est trouvée renforcée au sortir de cette épreuve. Après sa réhabilitation et ses études qui comprennent un séjour aux États-Unis, il s’est vu confier des responsabilités de plus en plus importantes au fil des ans. Gouverneur de la province du Fujian de 1999 à 2002 puis de la province voisine du Zhejiang de 2002 à 2007, il sera chargé de la préparation finale des Jeux olympiques de 2008. 

Aux yeux de beaucoup, cet événement devait symboliser l’intégration de la Chine dans le concert des nations et – doigts croisés – son cheminement vers une éventuelle démocratisation. La libéralisation économique des années 1980 avait fait briller des lueurs d’espoir en ce sens, des espoirs qui s’éteignent après la réaction violente des autorités aux manifestations étudiantes de 1989 sur la place Tian’anmen. 

    Xi Jinping, lui, a d’autres idées. Sa grande priorité en tant que chef du parti et chef d’État, ce sera la lutte contre la corruption qui, à partir des années 1990, gangrène le PPC et s’immisce dans tous les secteurs de la société. Il s’agit d’un véritable fléau que Xi parvient à endiguer par une chasse impitoyable aux contrevenants, jusque dans les hautes sphères du pouvoir. Ce faisant, le PCC finit par implanter un appareil impressionnant et omniprésent de surveillance et de répression.

Les capacités et techniques de contrôle de l’État sur la vie des Chinoises et Chinois se sont manifestées de façon spectaculaire pendant la pandémie de COVID-19. Les autorités ont adopté une politique « zéro COVID » qu’elles continuent d’appliquer dont le gouvernement se dit particulièrement fier. Les déclarations de Xi pendant le congrès du PCC donnent l’impression que cette politique sera maintenue.

La première chose à retenir du récent congrès du PCC, c’est que la China s’affirmera de plus en plus selon la vision de son chef d’État Xi Jinping. La prochaine chronique explorera quelques dossiers spécifiques, comme les iniquités socioéconomiques, les rapports avec Taïwan et l’hostilité grandissante avec les États-Unis, sans oublier les relations sino-canadiennes.