le Dimanche 3 juillet 2022
le Mercredi 1 juin 2022 7:11 Chroniques

L’internationalisation du basket-ball professionnel nord-américain (2ème partie) 

Luka Dončić, la vedette slovène des Mavericks de Dallas, déjoue la défense de Devin Booker (Suns de Phoenix) pendant un Match des étoiles de la NBA. — Crédit photo : Erik Drost; source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Luka_Doncic_(51916936450).jpg, sous la licence CC BY-SA 2.0
Luka Dončić, la vedette slovène des Mavericks de Dallas, déjoue la défense de Devin Booker (Suns de Phoenix) pendant un Match des étoiles de la NBA.
Crédit photo : Erik Drost; source : https://commons.wikimedia.org/wiki/File:Luka_Doncic_(51916936450).jpg, sous la licence CC BY-SA 2.0
CHRONIQUE: Au rythme de notre monde - Observatoire Nord/Sud - Université Sainte Anne

C’était une surprise haute en émotion pour Han Xu, peu après son arrivée aux États-Unis, au printemps 2019, pour intégrer le Liberty de New York, franchise de la Women’s National Basketball Association. En recevant un message vidéo de son ancien entraîneur Xu Limin, elle fut touchée jusqu’aux larmes par les paroles d’encouragement de ce dernier :

« C’est un nouveau départ pour toi. Nous espérons que tu profiteras de cette chance pour représenter l’esprit de l’équipe de Chine féminine de basket-ball, pour te tailler une place dans la WNBA et pour mieux servir la patrie quand tu y retourneras. »

Mesurant six pieds 10 pouces (2,08 m), taille qui fait d’elle la plus grande joueuse de la ligue, Han Xu évolue au poste de pivot (center) pour l’équipe de la Grosse Pomme, l’une des douze franchises de la WNBA. Son parcours est l’un des trois profils qui seront exposés dans cette deuxième chronique consacrée à la planétarisation du basket-ball professionnel en Amérique du Nord. En plus de Xu, nous verrons une vedette de la National Basketball Association ainsi qu’un joueur de la Ligue élite canadienne de basket-ball, fondée en 2017.

Le premier texte de cette série (20 mai 2022) portait surtout sur la provenance des basketteurs de la NBA. Qu’en est-il de l’association féminine ? 

Selon les listes disponibles sur le site de la WNBA, 18 des 142 joueuses seraient des ressortissantes d’un pays hormis les États-Unis et le Canada, soit 12,7 %. Cette proportion est passablement inférieure à celle du personnel international de la NBA (20,2 %). Sept d’entre elles viennent d’Australie, où leur sport jouit d’une forte notoriété, alors que sept autres sont originaires de divers pays d’Europe. Avec Li Yueru du Sky de Chicago, Han Xu est l’une des deux membres chinoises de la ligue.

En plus de sa stature impressionnante, la sportive de 22 ans s’est distinguée en étant la première participante au programme féminin de l’école internationale de la NBA à être recrutée par une équipe de la WBNA. Née à Shijiazhuang, capitale de la province du Hebei, située à 300 kilomètres au sud-ouest de Beijing où elle a fait ses études, Xu a représenté son pays à trois reprises dans des championnats internationaux depuis 2016, y compris à la Coupe du monde féminine de basket-ball 2018. Avant de rejoindre le Liberty, elle a passé une saison au sein du Chevreuil magique du Xinjiang. Les extraits sur Internet de son entrée en fonction à la WBNA ont attiré des millions de vues en Chine tandis que, du côté américain, tant sa grande taille que son style ont suscité des comparaisons avec son compatriote Yao Ming, ancienne vedette des Rockets de Houston (2002-2011). 

En raison de la pandémie de COVID-19, Han Xu a choisi de s’abstenir de la saison 2020-2021. Depuis quelques semaines, elle est de retour – et son équipe a besoin d’elle, ayant perdu six parties sur sept jusqu’ici.

En raison de la pandémie de COVID-19, Han Xu a choisi de s’abstenir de la saison 2020-2021. Depuis quelques semaines, elle est de retour – et son équipe a besoin d’elle, ayant perdu six parties sur sept jusqu’ici.

Si, dans la NBA, la Chine n’a plus de porte-étendard à l’heure actuelle, l’impact des athlètes des pays d’Europe centrale et orientale, surtout de l’ancien bloc communiste, se fait sentir de plus en plus. À elles seules, les petites nations de la péninsule balkanique comptent 17 joueurs dans l’association. Ce phénomène, certains le qualifient de « règne des -ić » en guise de clin d’œil à la terminaison de beaucoup de patronymes des peuples slaves de cette région. Originaire de la Slovénie, Luka Dončić des Mavericks de Dallas est emblématique de cette tendance.

Meneur au sein de la formation qu’il a intégrée en 2018, Dončić brille par son audace et sa précision, surtout en attaque. En témoignent les prouesses qu’il a réalisées au cours des demi-finales de la conférence Ouest, face aux Suns de Phoenix, classés meilleure équipe de la dernière saison, avant la déconfiture des Mavs aux mains des Warriors de Golden State. Celui qui est surnommé « Luka Magic » est né en 1999 dans la capitale slovène de Ljubljana, où, encouragé par son père, basketteur lui aussi, il a rejoint le club de l’Union Olimpija. Ensuite, encore adolescent, il déménage en Espagne pour devenir, à l’âge de 16 ans, le plus jeune joueur de l’histoire de l’équipe senior du Real Madrid Baloncesto. Sa carrière européenne sera couronnée par le triomphe de la Slovénie au Championnat d’Europe de basket-ball 2017.

Depuis son arrivée chez les Mavs, Luka Dončić ne cesse d’accumuler les honneurs : débutant de l’année (2019), Match des étoiles de la NBA à trois reprises et d’autres encore.

Sa montée fulgurante n’est qu’un exemple, certes frappant, de l’évolution de la ligue depuis les années 1990. Dans un livre qui tente de retracer cette transformation, The (Inter) National Basketball Association: How the NBA Ushered in a New Era of Basket-ball and Went Global (Sports Publishing, 2020), le journaliste Joel Gunderson explique que la logique consiste moins à imposer le basket à l’américaine dans d’autres parties du monde pour y piquer les meilleurs talents, que de redynamiser le jeu chez nous :

« Il s’agit plutôt de l’approche du melting-pot, où, si vous avez Luka de Slovénie, et [Kristaps] Porziņģis de Lettonie, et [Joel] Embiid du Cameroun, tous ces gars apportent quelque chose de distinct et de différent. La NBA veut être leur destination ultime, et un endroit où ils peuvent jouer leur jeu à eux au même endroit. »

C’est cette dynamique mondialisante qui sera examinée dans la prochaine chronique, en cernant les stratégies des grandes associations nord-américaines vis-à-vis de la sphère sportive internationale.

Avant de ranger ma plume, il serait dommage de passer à côté de la Ligue élite canadienne de basket-ball (LECB), qui vient d’ouvrir sa troisième saison. Composée d’une dizaine de clubs, la LECB a pour mission de développer le basket ici au Canada et de valoriser le talent canadien. La majorité de ses joueurs internationaux viennent des États-Unis, plusieurs sont arrivés d’Europe et d’Afrique. Parmi ses derniers, deux ont la nationalité sud-soudanaise, qui n’est pas représentée dans la NBA.

Le parcours de Deng Abel, qui assure le poste d’ailier chez les Blackjacks d’Ottawa, reflète les troubles qui ont déchiré son pays d’origine. Lorsqu’il est né à Djouba, en 1997, la Seconde Guerre civile soudanaise, qui allait aboutir à l’indépendance du Soudan du Sud, faisait rage. Avec ses six enfants, sa mère s’est réfugiée d’abord en Ouganda et ensuite Australie. C’est là qu’Abel découvre sa passion et son talent pour le basket. En 2013, il s’installe aux États-Unis afin de profiter d’une bourse sportive, ce qui le pistonne brièvement vers la NBA avant son atterrissage dans des équipes de la ligue mineure de l’association. Les Blackjacks viennent tout juste de le recruter, en février dernier, et l’avenir nous dira les suites de sa carrière déjà prometteuse.

Comme quoi les sports, en s’internationalisant, peuvent nous ouvrir autant de fenêtres sur notre monde en mouvement.