le Mercredi 25 mai 2022
le Vendredi 22 avril 2022 14:30 Actualités

Nos ancêtres acadiens utilisaient la médecine populaire/les remèdes maison

 Eulalie (Gallant) Deveaux de Cap LeMoine était bien connue pour ses capacités et ses talents de sage-femme.  — Crédits : gracieuseté Rosie Aucoin-Grace
Eulalie (Gallant) Deveaux de Cap LeMoine était bien connue pour ses capacités et ses talents de sage-femme.
Crédits : gracieuseté Rosie Aucoin-Grace
CHÉTICAMP – Nos ancêtres acadiens ont vécu à une époque où de nombreuses inventions et découvertes faisaient encore partie de leur avenir lointain. Imaginez que pendant plus d’un siècle après l’arrivée de notre peuple, il n’y avait pas de médecins, d’hôpitaux ou de pharmacies pour s’occuper des problèmes médicaux quotidiens ou des urgences majeures. Les nôtres devaient se fier à leur propre instinct et expérimenter des herbes et autres ingrédients à des fins médicinales. Ils devaient être extrêmement autonomes et apprendre à survivre par la méthode des remèdes. Il nous est donc facile de comprendre l’importance de la médecine populaire dans leur vie.

Catherine (à Dosite Aucoin) et son mari Marcellin Chiasson de Saint-Joseph-du-Moine. Elle était bien connue comme sage-femme qui traversait les tempêtes pour venir en aide aux personnes dans le besoin.

Crédits : gracieuseté Rosie Aucoin-Grace

Le premier médecin à s’installer dans cette région est le docteur Napoléon Fiset. Il n’est arrivé qu’en 1875 et s’est installé à Chéticamp. Il avait un territoire très vaste à couvrir, il n’y avait pas de téléphone, donc surtout en cas d’urgence, on faisait appel aux paroissiens qui pratiquaient des remèdes maison, au lieu d’attendre que le médecin vienne à une distance parfois de dix milles en cheval et buggy.

La plupart des familles connaissaient par cœur et conservaient en mémoire une liste de remèdes pour les maladies bénignes les plus courantes, comme les fièvres, les furoncles, l’asthme, les maux d’estomac, les coupures et les brûlures. Pour les cas plus difficiles, il existait des praticiens de la médecine populaire, des experts en qui les gens avaient une confiance totale, souvent bien méritée. Certains se souviennent encore des histoires du vieux Bastienne, de Julienne (Mme Blaise Deveau), de Clothilde Chiasson, de Marie MacKinnon (appelée Marie docteur) et de sa mère, Donathilde Ryan, épouse de Marcellin Deveau. De plus, il y avait la femme du vieux Romuald Doucet, Nanoune de Saint-Joseph-du-Moine qui était bien connue pour son talent et son habileté comme sage-femme, Catherine (à Dosite à Michouque Aucoin) Chiasson, était aussi connue comme sage-femme, décrite par plusieurs qui disaient qu’elle aurait fait une bonne infirmière. Qu’il pleuve, qu’il vente ou qu’il vente, Catherine n’hésitait pas à aider ces femmes enceintes. Cela pouvait être une entreprise très risquée, surtout lorsqu’elles venaient la chercher en traîneau pendant une violente tempête. Sans se poser de questions, elle partait!

Eulalie (Gallant), épouse de Janvier (à Frédéric – Minou) Deveaux de Cap LeMoine, a aussi accouché de nombreux bébés de Saint-Joseph-du-Moine à Margaree. Elle avait la réputation de pouvoir mettre au monde des bébés en bonne santé, sans qu’aucun ne soit mort pendant l’accouchement. Beaucoup de nos gens dépendaient de ses compétences et la considéraient comme un médecin.

À l’instar de Jules Deveau, dont la panacée pour tous les maux consistait à faire transpirer, il existait des emmancheux ou rebouteux qui pouvaient apparemment remettre en place des os ou des membres disloqués si bien qu’il ne restait aucune trace de fracture. Cécime Deveau puis Timothée Chiasson se sont illustrés dans cette tâche. Ce dernier possède également l’art de soulager les estomacs à bas.

Dans l’ensemble, les remèdes étaient naturels. Ils sont souvent à base d’herbes médicinales et d’écorces de certains arbres, le plus souvent donnés sous forme de décoctions ou de sirouanes (emplâtres) de différentes sortes. En revanche, d’autres remèdes reposaient en grande partie sur la superstition, accompagnée de rites magiques, sans concoction de cause à effet, comme le fait de frotter une dent douloureuse avec un clou que l’on plante dans un arbre, ou de frotter les verrues avec de petites pierres que l’on met dans un sac et que l’on jette derrière soi sans regarder, ou encore de cracher sous une pierre pour faire disparaître les signes de fatigue après une course. Les superstitions sont tenaces. Bien que la plupart des gens n’y croient plus, ces pratiques existent toujours.

Il est impossible de donner une liste complète des remèdes populaires connus et utilisés dans les premiers temps de Chéticamp. Ce qui suit n’est que quelques exemples de la médecine populaire/des remèdes qui étaient pratiqués par notre peuple.

Piqûres d’abeilles : Frotter une feuille de plantain sur la zone de la piqûre pour éliminer le poison.

Plaies : Faire une pommade avec de l’huile d’anguille et l’appliquer sur la plaie.

Mal de gorge : Faire fondre du suif de mouton et le frotter sur la gorge, couvrir d’un morceau de flanelle chaude.

Toux : Préparer un sirop contre la toux à partir d’un mélange d’oignons, de graisse de camphre, de mélasse et de poivre.

Rougeole : Café chaud ou une concoction de pain noir et de gin.

Poux : Un mélange de vinaigre et de paraffine, que l’on appliquait sur la tête. Au bout de quelques heures, on les lavait.

Verrues : On frottait un morceau de saindoux contre la verrue puis on enterrait le saindoux, la verrue disparaissait alors. La personne qui a la verrue ne doit pas savoir où le lard est enterré. (On peut aussi le faire avec un haricot).

Maux d’estomac : Un mélange d’eau et de gingembre. Autre méthode, vous mélangez une cuillère à café de soda dans un demi-verre d’eau. Mâcher également la gomme du pruce blanc (épinette argentée).

Les ténias : Faites un collier avec des oignons émincés et appliquez-le contre le cou de la personne pour l’empêcher de s’étouffer. Apparemment, les vers n’aiment pas l’odeur forte des oignons et se retirent dans le système digestif inférieur plutôt que de remonter vers la gorge. Un autre remède consiste à manger des graines de citrouille.

L’arthrite : Transportez chaque jour une pomme de terre non épluchée dans votre poche. Lorsque la pomme de terre devient ratatinée et dure, remplacez-la par une nouvelle pomme de terre.

Saignement : Prenez un sachet de thé humide et appuyez sur la plaie jusqu’à ce que le saignement s’arrête. Le tabac est également utilisé à cette fin.

Entorses : Couvrir avec une pomme de terre crue et coupée en tranches. Remplacez-la au besoin pour réduire l’enflure.

Rhumatismes : Boire une boisson à base de Médicine de Chien-dent (chiendent et maïs).

Eczéma : Laver avec du Borax.

Mal de dents : Mettre du soda ou un clou de girofle dans la dent. – Appliquer un gant de toilette chaud sur la mâchoire. – Faites tremper vos pieds dans de l’eau tiède ou transportez une tige de citrouille dans votre poche. Frottez un clou sur la dent, puis enfoncez-la dans un arbre hors de la vue des autres. Lorsque l’écorce de l’arbre passe au-dessus de la tête du clou, la dent tombe. – Frottez un grain de sel sur la dent et jetez-la dans le poêle, mais fuyez rapidement pour ne pas l’entendre crépiter.

Chancres : Avec un petit chiffon, appliquer sur la plaie un détergent très épais et très fort fait avec des cendres d’un arbre à bois dur.

Fractures : Faites bouillir de l’écorce de chaton jusqu’à ce qu’il reste un résidu épais et faites-en un cataplasme. Renouvelez-le tous les trois jours.

Hoquet : Buvez sept bouchées d’eau sans respirer, c’est-à-dire sans inhaler. Dites sept fois sans respirer : « J’ai le hoquet, que Dieu me le donne. Ils sont partis ».

Acide gastrique ou brûlures d’estomac : Allumez une allumette, éteignez-la et mâchez le bout brûlé ou mangez du charbon de bois provenant du poêle. Vous pouvez également boire du lait sucré ou prendre du soda.

Fièvres : Faites bouillir de la racine de plante de dinde et buvez le jus ou buvez le jus du pain brûlé. Certains mettaient des tranches d’oignons dans leurs bas, sous leurs pieds. D’autres plaçaient des tranches d’oignons sur les rebords des fenêtres ; apparemment, cela fait sortir la fièvre. Une autre méthode consistait à mettre deux cuillères de crème de tartre dans un demi-verre d’eau, à remuer et à boire le liquide, lorsqu’on avait soif. Faites suer la fièvre et buvez beaucoup de boissons chaudes.

Beaucoup de nos aînés disent que l’un des principaux ingrédients de la plupart de ces remèdes était une bonne dose de prières!

(Certaines de ces informations sont tirées du livre Chéticamp : Histoire et traditions acadiennes de l’auteur Anselme Chiasson et du livre – 125 ans de Saint-Joseph-du-Moine 1879-2004)