le Lundi 26 septembre 2022
le Vendredi 8 avril 2022 18:50 | mis à jour le 30 mai 2022 9:09 Actualités thématiques

Chris d’Entremont, le lien acadien

 Chris d’Entremont devant l’édifice de l’Ouest du Parlement canadien.  — Page Facebook Chris d’Entremont
Chris d’Entremont devant l’édifice de l’Ouest du Parlement canadien.
Page Facebook Chris d’Entremont
Chris d’Entremont, le lien acadien

FRANCOPRESSE – Chris d’Entremont est le seul député issu d’une communauté francophone minoritaire du caucus conservateur fédéral. Après 16 ans à l’Assemblée législative de la Nouvelle-Écosse comme député puis comme ministre à plusieurs reprises, il entre à la Chambre des communes en 2019, puis en devient vice-président. Pour Francopresse, l’Acadien revient sur ses deux ans au gouvernement fédéral, parle de la difficulté de l’assimilation dans sa province et offre sa vision des langues officielles aujourd’hui.

Inès Lombardo – Francopresse

De 2003 à 2019, Chris d’Entremont a été un député provincial proche de la population de sa circonscription d’Argyle, devenue Argyle-Barrington en 2013, dans le sud-ouest de la Nouvelle-Écosse. 

Tour à tour ministre de l’Agriculture, de la Santé puis des Affaires acadiennes dans sa province, il s’est fait remarquer lors de ce dernier mandat pour avoir piloté la Loi sur les services en français de la Nouvelle-Écosse au sein du gouvernement progressiste-conservateur de John Hamm, en 2004.

Être en contact avec 

« son monde »

Très présent dans sa circonscription provinciale de 5 000 personnes, Chris d’Entremont est devenu représentant de plus de 82 000 personnes lorsqu’il a été élu député fédéral de Nova-Ouest, en 2019. Mais pour lui, le travail n’a pas beaucoup changé : « Les lignes de travail sont similaires, la fonction est la même, alors la transition était assez facile. Il fallait simplement que je m’ajuste à une circonscription d’une telle taille, parce que ça change la façon dont on communique avec la population. »

Il ajoute : « J’ai dû embaucher du personnel. Avant j’avais une personne dans mon mandat provincial. Maintenant, j’en ai cinq, et deux bureaux dans la région du sud-ouest [de la Nouvelle-Écosse]. C’est difficile de toucher tout le monde, mais on reste accessibles. Le monde peut nous appeler. »

C’était d’ailleurs l’une de ses grandes préoccupations lors de la pandémie : être en contact avec « son monde ». 

Il explique avoir tenté de diffuser le plus de contenu possible en direct sur Facebook, d’avoir eu recours aux médias sociaux et d’informer la population par courriel lorsqu’il y avait de nouveaux programmes d’aide liés à la pandémie.

Il assure que son équipe et lui ont fait de leur mieux pour répondre aux appels qui « ont certainement doublé ou triplé » au début de la pandémie, puisque les ministères avaient fermé les portes de leurs bureaux.

Seul élu francophone 

en situation minoritaire 

au Parti conservateur

Actuellement, le Néoécossais travaille de concert avec le député québécois Joël Godin, porte-parole de la francophonie au cabinet fantôme du Parti conservateur, sur la réponse au projet de modernisation de la Loi sur les langues officielles porté par la ministre Ginette Petitpas Taylor.

Chris d’Entremont assure veiller aux intérêts de sa communauté : « Lors de discussions avec la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse (FANE) et la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA), on a essayé de voir si le projet de loi répondait à nos besoins. Il est meilleur que celui déposé par Mélanie Joly [ancienne ministre des Langues officielles], mais je trouve qu’il y a encore des points inacceptables. » 

Il déplore principalement l’absence de cibles d’immigration francophone hors Québec. Chris d’Entremont estime aussi que le pouvoir du commissaire aux langues officielles d’infliger des amendes n’est pas assez strict.

« On est à mi-chemin », assure-t-il, mais le projet de loi n’est pas à la hauteur des attentes de la communauté selon lui. 

Chris d’Entremont souligne aussi la présence au sein du Parti conservateur de Laila Goodridge, députée francophile albertaine.

« Elle est une ancienne ministre de la francophonie en Alberta, alors elle comprend la situation minoritaire. J’ai définitivement du monde avec qui je peux travailler sur ces questions [de la francophonie]», note-t-il. Il reste toutefois le seul député issu d’une communauté francophone en situation minoritaire au sein du parti. 

Congrès mondial acadien 2024 : une occasion de nourrir la fierté francophone

Quand il est de retour dans sa circonscription, Chris d’Entremont travaille à plusieurs dossiers, dont l’accès à l’éducation et surtout l’établissement d’une cible d’immigration francophone.

Mais l’évènement qui le rend visiblement très fier est le Congrès mondial acadien (CMA) qui aura lieu, en 2024, dans la région du sud-ouest de la Nouvelle-Écosse, qu’il représente aux Communes. 

« Ça va faire venir du monde dans notre petite région, des Acadiens et d’autres de la grande famille francophone », se réjouit-il. Selon lui, l’évènement va augmenter la fierté envers la culture et la langue. Il est d’avis que les Acadiens et plus largement les francophones ont besoin de ressentir cette fierté. 

Porté par le succès du CMA 2004, qui avait également eu lieu en Nouvelle-Écosse, Chris d’Entremont avait eu l’idée de proposer le projet de loi sur les services en français de la Nouvelle-Écosse en grande partie après avoir vu toute la fierté qu’avait suscitée ce rassemblement, affirme-t-il.

Près de 18 ans plus tard, il sent que l’élan francophone « diminue » : « Quand on est une petite communauté francophone minoritaire, l’assimilation est rapide. Même si nos enfants vont dans des écoles francophones, ils vont dans des universités anglophones ou ont des jobs anglophones, ou

les options en français ne sont pas nécessairement présentes », déplore-t-il. 

Le bilinguisme essentiel 

Le député est convaincu que le fait de comprendre le français et l’anglais et de pouvoir s’exprimer dans ces deux langues est essentiel, tant au provincial qu’au fédéral.

Il donne son propre cas en exemple : « Si je ne venais pas d’une famille exogame et d’une région francophone, je n’aurais jamais eu l’opportunité d’être ministre des Affaires acadiennes », croit-il. 

Chris d’Entremont rend hommage à la région qui l’a « élu plusieurs fois ». Selon lui, ses origines et sa communauté l’ont bien servi quand il a choisi de se présenter aux élections fédérales.

« Je me retrouve maintenant vice-président de la Chambre des communes du Canada. Et ce n’est pas grâce à moi, mais au bilinguisme que j’ai [acquis] enfant, grâce à ma grand-mère francophone qui nous disait souvent qu’on avait besoin de parler français. Et c’est grâce à la culture, la langue de ma grand-mère et la région d’où je viens que j’occupe le poste que j’ai actuellement. »

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Descendant du premier 

baron de Pobomcoup

Chris d’Entremont est descendant à la 11e génération de Philippe Mius d’Entremont, un Normand qui a émigré en Nouvelle-Écosse en 1651, avec sa femme et leur fille, et qui a reçu la première baronnie créée en Acadie, à Pobomcoup, devenu Pubnico.

« Mon siège de député.e » est une série de portraits des député.e.s francophones, francophiles, francocurieux et francocurieuses du Canada. Ces élu.es ont accepté de se prêter au jeu et de s’ouvrir quant aux enjeux qui leur tiennent à cœur, qu’il s’agisse de la place du français à la Chambre des communes ou de tout autre sujet d’importance dans la société canadienne.