le Mercredi 25 mai 2022
le Vendredi 11 mars 2022 11:30 Lettre d'opinion

Pour une université tournée vers l’avenir

Photo du bâtiment principal de l'Université Sainte-Anne, Nouvelle-Écosse. La photo a été prise vers 1995. Elle a été scannée à partir d'une impression et modifiée dans Paint Shop Pro pour supprimer la parallaxe et améliorer le contraste. — Wikipedia
Photo du bâtiment principal de l'Université Sainte-Anne, Nouvelle-Écosse. La photo a été prise vers 1995. Elle a été scannée à partir d'une impression et modifiée dans Paint Shop Pro pour supprimer la parallaxe et améliorer le contraste.
Wikipedia
Le 3 mars 2022, les membres de l’Association des professeurs, professeures et bibliothécaires de l’Université Sainte-Anne (APPBUSA) ont entamé une grève légale. Cette situation regrettable est survenue en raison d’une impasse persistante dans ces négociations collectives axées sur la nécessité de mettre en place deux éléments essentiels au développement continu de notre institution : des conditions de travail justes et équitables pour les professeur.e.s et les bibliothécaires ainsi qu’une amélioration réelle et substantielle des relations entre l’administration et nos membres.

Depuis le début des négociations en juin 2021, l’employeur oppose un refus catégorique et systématique à la quasi-totalité des revendications légitimes de notre association, une attitude inexplicable qui a malheureusement engagé les deux parties dans une voie sans issue. Il est temps d’abandonner immédiatement cette voie et de négocier pour de vrai. Après la fin de la conciliation le 10 février, nous avons invité trois fois l’administration à retourner à la table de négociation, mais l’employeur a, soit ignoré notre offre, soit attaché des conditions à la reprise des pourparlers.

Pourtant, alors que nous tentons de sortir d’une pandémie dont les effets nous affectent encore, il est indispensable, voire urgent de conclure dès maintenant une entente tournée vers l’avenir qui permettra véritablement à l’Université Sainte-Anne de s’affirmer et d’être reconnue comme institution d’avant-garde. Des changements significatifs doivent donc être apportés à la convention collective pour que notre université puisse recruter et retenir davantage d’étudiant.e.s et de professeur.e.s, pour redoubler la vigueur de l’établissement et lui donner une plus grande robustesse.

La bonne santé d’une université passe également par les relations respectueuses qu’une administration se doit de maintenir avec les professeur.e.s et bibliothécaires, les étudiant.e.s et les employé.e.s de soutien. Sur ce point, une transformation s’impose au plus vite.

Est-il normal qu’il soit aussi difficile d’entretenir des rapports harmonieux et de communiquer avec les gestionnaires d’une institution à taille humaine comme la nôtre ?

À titre d’exemple, depuis le début de la pandémie il y a deux ans, l’administration fonctionne de manière visiblement autoritaire, ignore le principe de collégialité en vigueur dans la gestion universitaire (notamment dans les procédures d’embauche ou de renouvellement de mandat d’administrateur.trice.s) et ne consulte guère la communauté universitaire pour lui demander son avis sur de nombreux dossiers particulièrement importants, tels que les mesures de restriction à mettre en place, le mode de prestation des cours (l’enseignement en présentiel, en mode hybride ou à distance uniquement), la sécurité des étudiant.e.s sur le campus ainsi que le retrait de certains services, comme la décision soudaine et étonnante de fermer la cafétéria, au grand dam d’étudiant.e.s subitement pris.es au dépourvu.

Le refus de communiquer par l’un entraîne forcément la méfiance et l’exaspération de l’autre et crée une ambiance tendue. Est-ce bien cela, l’« expérience Sainte-Anne » ?

Il ne sert à rien de proclamer dans le discours que dans notre université, nous formons une famille, si les membres importants de cette famille (professeur.e.s, étudiant.e.s, personnel de soutien) sont systématiquement exclus quand il s’agit de prendre des décisions majeures qui les concernent. Cela sonne creux, cela sonne faux. C’est du paternalisme à la limite du mépris, qui nous ramène loin en arrière dans un temps révolu.

Ce que les professeur.e.s et bibliothécaires veulent absolument, c’est de contribuer (ainsi qu’ils/elles le font déjà au quotidien malgré les pesanteurs) à la construction d’une institution résolument moderne, capable de relever les défis d’un monde postpandémique auxquels elle devra faire face.

En définitive, l’APPBUSA est prête à retourner à la table de négociation dès maintenant pour étudier les contrepropositions sérieuses que lui aura soumises l’administration, pour que les deux parties puissent enfin se rapprocher et négocier une entente juste et équitable. C’est la moindre des choses qu’on attend d’une université tournée vers l’avenir.

Association des professeurs, professeures et bibliothécaires de l’Université Sainte-Anne (APPBUSA)