le Mercredi 25 mai 2022
le Vendredi 11 mars 2022 10:55 | mis à jour le 1 avril 2022 14:12 Non classé

Papier d’édition : Une augmentation des prix qui aura des répercussions!

Les maisons d’édition seront confrontées à un nouveau défi avec l’augmentation du prix du papier, qui pourrait atteindre entre 6 et 10 % dans la prochaine année. — Patrick Tomasso – Unsplash
Les maisons d’édition seront confrontées à un nouveau défi avec l’augmentation du prix du papier, qui pourrait atteindre entre 6 et 10 % dans la prochaine année.
Patrick Tomasso – Unsplash
Cette augmentation du coût du papier n’est pas unique au Nouveau-Brunswick, cette hausse des coûts est aussi notre réalité. Le Courrier de la Nouvelle-Écosse

ACADIE NOUVELLE (Nouveau-Brunswick) – Les maisons d’édition seront confrontées à un nouveau défi avec l’augmentation du prix du papier, qui pourrait atteindre entre 6 et 10 % dans la prochaine année, au lieu des quelque 5 % habituellement imposés par les papetières.

 

Francis Sonier, directeur général des Éditions de la Francophonie (propriété de L’Acadie Nouvelle) de Caraquet au Nouveau-Brunswick, indique avoir été avisé par des imprimeurs que le prix du papier destiné à la publication de livres allait considérablement augmenter.

Par exemple, dans une lettre du 18 janvier, l’imprimerie Marquis annonce que le prix du papier qui lui sera livré après le 12 février 2022 sera majoré de 6 % à 9 %.

« Par conséquent, Marquis se doit d’appliquer des hausses de prix sur tous les travaux imprimés sur ces papiers et expédiés à partir du 1er mars 2022 », précise le message, qui s’accompagne d’une série de lettres de divers fournisseurs de papier.

Comment expliquer la hausse?

Pour l’un de ces fournisseurs, la papetière Twin Rivers, cette augmentation – de 6 % à 10 % dans son cas – s’explique par plusieurs facteurs.

« Les fabricants de papier de l’ensemble du secteur, y compris Twin Rivers Paper, ont augmenté leurs prix en réponse à la dynamique de l’offre et de la demande, afin de compenser l’inflation continue que nous avons connue dans les secteurs des produits chimiques, du transport et de l’énergie », signale par courriel le service des communications et du marketing de la papetière.

Pour une maison d’édition, une telle augmentation se fera certes sentir sur les couts de production. Aux Éditions de la Francophonie, même les auteurs s’en ressentiront puisque, selon le modèle hybride en vigueur, ceux-ci investissent aussi dans la publication de leur livre.

« Ç’a un effet sur les couts d’impression qui sont l’un des éléments de la production d’un livre. Mais, en fin de compte, ces augmentations sont récurrentes. Il y en a plusieurs, donc ça s’ajoute. On peut augmenter le prix de vente du livre de 3 % à 5 % pour que l’auteur puisse couvrir ses frais plus rapidement », explique Francis Sonier.

Effets sur les éditeurs

Bien que les projets des Éditions de la Francophonie ne soient pas retardés par ces hausses annoncées, il sera plus difficile, selon M. Sonier, de promettre certains prix sur une longue période.

« Avant, on pouvait évaluer le cout d’un projet pour un montant X et, trois mois plus tard, c’était pratiquement le même montant. Mais là, on ne peut plus garantir ces prix-là. Il faudra se rajuster et demander plus souvent aux imprimeurs pour avoir le juste prix du produit », affirme Francis Sonier.

Pour lui, la meilleure façon de se préparer à cette hausse consiste à comparer les prix auprès entre les divers fournisseurs ou à changer de type de papier.

« On a exploré de nouveaux papiers pour les livres dans la dernière année, pour essayer d’économiser », avoue-t-il.

Aux Éditions Perce-Neige de Moncton au Nouveau-Brunswick, la variation des prix, quoique plus importante qu’à l’habitude, ne risque pas d’avoir trop d’impact, estime le directeur général, Serge Patrice Thibodeau.

« On est quand même une microstructure d’édition. Alors, on fait quelques nouveautés par année et, avec l’impression sur demande, on gère mieux nos stocks. On procède à de petits tirages et on fait imprimer à la commande », explique-t-il.

La hausse du prix du papier se fera sentir sur les couts d’impression, poursuit Serge Patrice Thibodeau, mais elle aura un effet beaucoup plus important pour les plus grands éditeurs.

« Ça ne représente pas une grande augmentation pour le nombre de tirages que l’on fait. Dans mes prévisions budgétaires, je vais calculer un montant de 20 % supérieur pour m’assurer de ne pas avoir de mauvaises surprises à la fin de l’année si la situation se poursuit comme ça », admet-il cependant.

Effets sur les libraires

Les libraires constituent un autre maillon de la chaine de l’édition. Le propriétaire de la librairie Matulu d’Edmundston au Nouveau-Brunswick, Alain Leblanc, doit augmenter de 5 % à 10 % le prix de certains livres.

« Il y a pas mal de choses qui ont fermé, des maisons d’édition en manque de personnel. Ç’a été la même chose du côté des distributeurs. Tout a augmenté, en passant du transport aux prix des ressources. C’est nous qui payons et le client aussi en bout de ligne », se désole-t-il.

Alain Leblanc dit toutefois bien tirer son épingle du jeu malgré tout, mais pour rivaliser avec les grandes surfaces, il doit faire preuve d’originalité.

« Il y a des choses qui nous différencient, comme le temps que l’on prend pour prendre les commandes, fouiller pour trouver ce que les gens cherchent et des choses du genre. »

« À Edmundston j’ai une bonne clientèle qu’on a réussi à fidéliser. Les gens sont plus conscients de l’achat local », se réjouit-il.

Quand tout conspire

De son côté, Serge Patrice Thibodeau trouve frustrant que le manque de ressources limite les choix de papier : « On ne peut pas utiliser le même produit qu’on utilisait il y a trois ans. »

D’après lui, les papetières ont ralenti leur production de papier d’édition au début de la pandémie. Il ajoute que certaines ont misé davantage sur le carton destiné à la fabrication de boites de livraison.

La vente de livres a pourtant connu une augmentation importante selon lui.

Or, lorsque les papetières ont voulu s’approvisionner en papier recyclé, elles en ont trouvé bien peu puisque cette matière provient notamment des bureaux du gouvernement et des universités, qui ont été fermés à plusieurs reprises depuis le début de la pandémie.

« Ç’a représenté une tempête parfaite », assure-t-il.

La papetière Twin Rivers assure toutefois que l’augmentation des prix et le manque d’approvisionnement n’ont rien à voir avec une quelconque transition vers la fabrication de carton pour boites. La compagnie dit se concentrer toujours sur la fabrication de papier de spécialité et de papier kraft.