le Jeudi 26 mai 2022
le Vendredi 21 janvier 2022 9:43 Société

Rétrospective 2021 : retour sur la réconciliation aux quatre coins des territoires

La nomination historique de Mary Simon, en juillet 2021, au poste de gouverneure générale marque un tournant sur le chemin de la réconciliation. Originaire du Nunavik, elle est la première personne autochtone à occuper ce poste.   — Sgt Mathieu St-Amour, Rideau Hall
La nomination historique de Mary Simon, en juillet 2021, au poste de gouverneure générale marque un tournant sur le chemin de la réconciliation. Originaire du Nunavik, elle est la première personne autochtone à occuper ce poste.  
Sgt Mathieu St-Amour, Rideau Hall
Territoires du Nord-Ouest – L’onde de choc créée par la découverte des corps de 215 enfants dans des tombes non marquées à Kamloops, en Colombie-Britannique, en juin 2021, s’est fait sentir dans les territoires. L’appel à la réconciliation lancé en 2015 dans le rapport final de la Commission de vérité et réconciliation aura finalement mené à des actions concrètes de nature inattendue, telles la nomination de Mary Simon au poste de gouverneure générale et l’amorce d’un dialogue entre les Premières Nations, les Inuits, les Métis et l’Église catholique.

Articles de l’Arctique est une collaboration des cinq médias francophones des territoires: les journaux L’Aquilon, l’Aurore boréale et Le Nunavoix ainsi que les radios CFRT et Radio Taïga.

Le chemin de la réconciliation semble cependant tortueux lorsqu’il est question du prêtre oblat Joannes Rivoire qui, malgré des accusations d’agression sexuelle déposées contre lui en 1993, n’a toujours pas été traduit en justice. Aujourd’hui âgé de plus de 90 ans, le père Rivoire vit en France dans un établissement pour personnes en perte d’autonomie.

Le texte ci-dessous revient sur trois évènements de 2021 qui resteront dans les annales des trois territoires.

La nomination de Mary Simon au poste de gouverneure générale : un évènement historique

Originaire du Nunavik, dans le Grand Nord du Québec, Mary Simon est la première personne autochtone à être nommée au poste de gouverneur général. Sa nomination historique marque un premier pas sur le sentier de la réconciliation entre les peuples autochtones et le gouvernement fédéral.

« Ma nomination reflète nos progrès collectifs vers la construction d’une société plus inclusive et plus équitable », a-t-elle expliqué lors de son discours du 6 juillet 2021.

« Dans cette optique, une délégation des Premières Nations, des Inuits et des Métis devait se rendre au Vatican pour y rencontrer le pape en décembre 2021. Ce voyage a été reporté en raison de l’apparition du variant Omicron. » 

Le 23 novembre dernier, Mme Simon a prononcé, en anglais, en français et en inuktitut, le discours du Trône, qui expose les lignes directrices du programme du gouvernement fédéral. Pour la cheffe régionale à l’Assemblée nationale des Premières Nations pour le Yukon, Kluane Adamek, ce discours est non seulement une première étape concrète vers la réconciliation, mais aussi un moment inspirant pour toute une génération de jeunes femmes autochtones.

L’envoi d’une délégation autochtone au Vatican : des excuses très attendues du pape

Le 24 septembre 2021, les évêques catholiques du Canada ont présenté des excuses sans équivoque aux personnes survivantes des pensionnats autochtones. Adressées aux membres des Premières Nations, aux Inuits et aux Métis, ces excuses officielles reconnaissent les graves abus qui ont été commis dans le passé et évoquent les profonds remords de l’ensemble des évêques catholiques du pays.

Ce dialogue engagé à l’automne dernier constitue une première étape dans la démarche de réconciliation. Dans cette optique, une délégation des Premières Nations, des Inuits et des Métis devait se rendre au Vatican pour y rencontrer le pape en décembre 2021. Ce voyage a été reporté en raison de l’apparition du variant Omicron. En effet, vu que certains membres de la délégation sont des personnes âgées vulnérables, le risque de contracter la COVID lors d’un voyage à l’étranger était trop élevé. Cette première rencontre, pour laquelle une nouvelle date n’a pas encore été communiquée, sera suivie d’une visite du pape en sol canadien où des excuses officielles devraient être adressées aux peuples autochtones.


Le prêtre Rivoire : une injustice supplémentaire vécue par les victimes et leur famille

En 1993, des personnes du Nunavut ont accusé le père Joannes Rivoire de les avoir agressées sexuellement durant leur enfance, entre 1968 et 1970. L’accusé a alors quitté précipitamment le Canada pour se réfugier en France. Ayant la double nationalité, il a été hébergé dans divers établissements de la communauté des Oblats. En 2018, le Service des poursuites pénales du Canada a suspendu les accusations qui avaient été portées contre lui parce qu’il n’existait plus de perspective raisonnable de condamnation. En effet, la France n’extrade pas ses ressortissants.

Lors d’une conférence de presse à Ottawa le 8 juillet 2021, Mumilaaq Qaqqaq, alors députée fédérale du Nunavut, et Charlie Angus, député fédéral de Timmins–Baie James en Ontario, ont exprimé leur colère et demandé que justice soit faite dans cette affaire. Une tendance à la collusion entre le gouvernement fédéral et l’Église serait une des raisons de l’impasse dans laquelle se retrouve cette affaire, selon le député.

Le 30 novembre 2021, Charlie Angus et Lori Idlout, députée du Nunavut élue en septembre 2021, ont écrit officiellement au président de la Conférence des évêques de France, monseigneur Éric de Moulins-Beaufort, pour lui demander « d[e les] aider à exercer une pression sur l’Ordre des oblats pour faire en sorte que M. Rivoire revienne au Canada pour y affronter la justice. » La lettre précise aussi qu’il est essentiel pour la démarche de guérison que le prêtre soit amené devant la justice au Canada. À ce jour, la requête des deux députés canadiens n’a obtenu aucune réponse.