le Dimanche 22 mai 2022
le Vendredi 10 Décembre 2021 14:50 Société

« Être Acadienne, c’est une fierté qui se vit chaque jour »

Être Acadienne, «c’est une obligation de préserver et de promouvoir une culture et une langue», partage Julie Gagnon, arrivée du Québec en 1996.   —  Gracieuseté
Être Acadienne, «c’est une obligation de préserver et de promouvoir une culture et une langue», partage Julie Gagnon, arrivée du Québec en 1996.  
Gracieuseté
Qu’est-ce qu’être Acadien à l’Île-du-Prince-Édouard? La Voix acadienne a posé la question à des Acadiens de tout âge, originaires de l’Île ou venus d’autres provinces, qui parlent le français ou l’ont perdu, mais aussi à de nouveaux arrivants francophones. Cette semaine, Julie Gagnon, Québécoise arrivée il y a 25 ans à l’île, aujourd’hui directrice adjointe de l’École Saint-Augustin, partage la vision de son identité.

« Être Acadienne, c’est une fierté qui se vit chaque jour », estime Julie Gagnon, d’origine québécoise, arrivée à l’Île-du-Prince-Édouard en 1996.  « C’est une obligation de préserver et de promouvoir une culture et une langue», ajoute celle qui est directrice adjointe de l’École Saint-Augustin à Rustico. 

Il y a encore cinq ans, Julie ne se considérait pas comme une Acadienne. Le déclic s’est produit alors qu’elle participait à un forum d’enseignants consacré à l’identité, organisé par la Commission scolaire de langue française. « J’ai réalisé que sans être une Acadienne de souche, je suis une Acadienne adoptive, confie-t-elle.  Que j’ai moi aussi un rôle à jouer pour faire rayonner le français et faire connatre l’histoire de l’Acadie ».

Originaire de Baie-Comeau, sur la Côte-Nord du Saint-Laurent, enfant, Julie ne soupçonne pas l’existence de communautés francophones à l’extérieur du Québec.  À l’école, les curriculums n’en font pas mention, et à la maison, elle n’en entend pas parler. 

« Sensibilisée aux défis du français »

Ce n’est qu’à l’adolescence, grâce à des échanges culturels en Ontario et au Yukon, qu’elle « élargit son horizon » et découvre l’existence des francophones en milieu minoritaire.  Mais l’Acadie lui demeure encore inconnue. 

C’est seulement après ses études en éducation à l’Université de Rimouski, au Québec, qu’elle découvre l’île avec sa communauté francophone et acadienne. Un programme de monitrice de langue auquel elle participe la conduit dans la province. 

À son arrivée, son intégration dans la communauté est loin d’être évidente.  « Si je compare les efforts que j’ai dû faire à l’époque avec la situation d’aujourd’hui, ça s’est grandement amélioré », affirme Julie.

La francophone est également marquée par le ressentiment de certains anglophones à l’égard des Acadiens : « J’aimerais dire que cela a disparu, mais la réalité n’est pas au rendez-vous. » Julie évoque notamment les conférences COVID-19 de Heather Morrison, qui ont donné lieu à des commentaires acerbes sur les médias sociaux. 

Après un an et demi de suppléance, l’enseignante intègre l’École François-Buote en 1998 où elle restera quinze ans. « J’ai tellement appris en m’installant ici, ça m’a sensibilisée aux défis du français en situation minoritaire, mais aussi à la richesse des accents », partage Julie, qui reconnaît volontiers qu’en tant que Québécoise, elle ne connaissait pas ces réalités. 

Recréer des liens

La pédagogue se passionne pour le sujet à tel point qu’elle reprend le chemin des études à l’Université de Moncton au Nouveau-Brunswick. Le thème de recherche de sa maîtrise en éducation porte sur la création d’un partenariat efficace en situation minoritaire entre les familles et l’école afin d’assurer la réussite des élèves. 

En dehors du milieu universitaire, Julie s’attelle à mettre en avant la langue française et ses accents à travers son émission French Connexion, diffusée sur la chaîne communautaire d’Eastlink. Au sein de l’École Saint-Augustin, elle s’implique également sans relâche pour sensibiliser les enfants aux questions autochtones. 

« Les Acadiens et les Mi’kmaq ont une histoire commune, c’est important qu’on réapprenne à se connaître et qu’on rebâtisse des liens.  On doit devenir des alliés », insiste l’enseignante.  Sur le plan personnel, elle n’a de cesse de sensibiliser sa famille, restée au Québec, aux enjeux de l’Acadie.

Après 25 ans, Julie se sent pleinement chez elle à l’Île-du-Prince-Édouard : « J’ai l’impression de faire partie de la grande famille, d’avoir été adoptée ». Retournera-t-elle un jour au Québec?  « C’est dans un coin de ma tête, mais l’Acadie occupera toujours une place à part dans mon cœur».